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Politique - Article paru le 17 juin 2008 dans l'Humanité

Alignement atlantiste des moyens militaires français

Défense nationale . Le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale s’inscrit dans une révision stratégique des intérêts d’une France ralliée à l’alliance avec les États-Unis.

Blanc ? Pas net en tout cas et lourd de dangers : le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale - premier du genre depuis quatorze ans -, qui doit être détaillé demain par le président Sarkozy, vise à fixer les nouvelles priorités stratégiques du pays. À la clé, une réduction drastique des effectifs en lien avec la philosophie de la révision générale des politiques publiques (RGPP), tout en prévoyant un investissement budgétaire colossal de 377 milliards d’euros. Mais aussi un alignement stratégique atlantiste. L’accent est également mis sur la priorité donnée au renseignement.

« Globalisation et nouvelles menaces »

L’annonce, aujourd’hui, du dispositif participera d’une mise en scène médiatique en présence de quelque 3 000 militaires, gendarmes, policiers et responsables de la sécurité civile réunis porte de Versailles à Paris. La mesure la plus choc est la suppression de 54 000 des 320 000 postes civils ou militaires de la défense dans les six ou sept prochaines années. Les armées stricto sensu verront leurs effectifs passer de 271 000 à 224 000 personnes. L’armée de l’air est particulièrement touchée (- 24 %), suivie de l’armée de terre (- 17 %) et de la marine (- 11 %). Autant de coups de gomme qui s’ajoutent à ceux concernant la nouvelle carte militaire en France effaçant une cinquantaine d’établissements. Un choc considéré comme sans précédent depuis que le président Chirac avait engagé la professionnalisation des armées en février 1996.

« Notre outil militaire doit s’adapter à la globalisation et aux nouvelles menaces », explique le ministre de la Défense, Hervé Morin. L’Élysée considère que le catalogue des menaces a changé, d’autant que la défense est désormais associée au concept de sécurité : cyber-attaques, terrorisme, pandémies, crises sanitaires ou catastrophes climatiques. En réalité, les modifications stratégiques portent sur un « nouvel axe géographique prioritaire », déplaçant le centre de gravité jusque-là fixé sur l’Afrique noire vers l’Atlantique et la Méditerranée en passant essentiellement par le golfe Arabo-Persique et l’océan Indien avec l’Asie en ligne de mire. Idée chère à Nicolas Sarkozy et à George W. Bush : la « complémentarité entre l’Otan, l’Europe de la défense ». Le livre blanc préconise en effet « une pleine participation de la France aux structures de l’Otan ». Un retour dans ce giron que la France avait quitté en 1966. Aveu explicite de Nicolas Sarkozy lui-même, hier, dans une interview publiée par un quotidien tchèque : « L’augmentation du risque balistique, notamment en provenance du Moyen-Orient est une réalité. Il est légitime de chercher une réponse. Le projet américain d’installation d’un troisième site antimissile en Pologne et en République tchèque contribue à la sécurité de l’ensemble des alliés. » Pas question cependant, dit-on dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, de revenir sur la gaullienne indépendance des forces nucléaires françaises. La dissuasion proprement dite a cependant déjà été amputée d’un tiers de sa composante aéroportée.

Rôle secondaire pour le Parlement

Le renseignement est aussi érigé en nouvelle priorité, sous le nom de « connaissance et anticipation », et s’ajoute aux quatre fonctions traditionnelles : dissuasion, protection, prévention et intervention. D’ici à 2020, le doublement des crédits alloués aux satellites militaires est prévu : ils représentent en 2008 quelque 380 millions d’euros. Cette modification s’accompagne d’une entorse à la démocratisation avec la création d’un « coordonnateur national du renseignement » auprès du président de la République, entouré exclusivement par une dizaine d’experts. Création aussi d’un Conseil national présidé par le chef de l’État. Un rôle attribué jusque-là au premier ministre. Sur ce chapitre, le Parlement se voit une nouvelle fois réduit à un rôle secondaire par rapport à l’Élysée : les interventions militaires à l’étranger ne donneront lieu qu’à une information du Parlement dans les trois jours suivant le déploiement de forces. Seule une intervention au-delà de quatre mois devra être autorisée par un vote de la représentation nationale.

Dominique Bègles

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Tag(s) : #Politique
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