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Politique - Article paru le 17 juin 2008 dans l'Humanité

Retraite : le blocage demeure total

Le gouvernement reste inflexible sur les 41 ans de cotisation.

Pas le moindre bougé. Depuis qu’il a ouvert le « rendez-vous 2008 » sur les retraites, le gouvernement campe sur une position de totale intransigeance. Les cinq centrales syndicales ont clairement exprimé leur désaccord avec ses orientations et, le 22 mai, quelque 700 000 manifestants à travers la France ont clamé leur refus. Mais le passage aux 41 annuités de cotisation obligatoires pour toucher une pension à taux plein (bien que deux salariés sur trois soient toujours éjectés de l’emploi avant 60 ans !) reste « non négociable » pour le ministre du Travail Xavier Bertrand. Et avec cette mesure, son corollaire caché : une baisse accrue du niveau de la retraite pour des millions de salariés aux carrières précaires, qui ne pourront pas atteindre la durée de cotisation requise.

Quant à la perte régulière du pouvoir d’achat des pensions, entraînée par leur indexation sur les prix (et non plus sur les salaires comme avant les réformes), bien que ce mécanisme soit de plus en plus ouvertement remis en question par les syndicats comme par des économistes peu suspects d’opposition systématique (le Conseil d’analyse économique a récemment jugé incontournable de revenir sur cette disposition), elle est traitée avec à peu près autant de mépris. Seule mini-fenêtre ouverte : un groupe de travail, réunissant syndicats, patronat et gouvernement, a commencé à plancher sur le travail des seniors. Mais « ce n’est qu’une discussion technique », note le responsable CGT Jean-Christophe Le Duigou, pour qui, au fond, « le gouvernement veut clore le rendez-vous 2008 avant de l’avoir vraiment ».

Face aux évolutions démographiques et à l’augmentation des besoins de financement pour la retraite, Nicolas Sarkozy et son équipe ont décidé de relever le défi par le seul moyen de sacrifices supplémentaires imposés aux assurés sociaux. Seule entorse, et encore, pour partie en trompe-l’oeil, à cette ligne de fer, Xavier Bertrand, invoquant l’amélioration des chiffres de l’emploi, envisage de réduire les cotisations chômage pour augmenter les cotisations retraite, à partir de 2009. Problème : comme l’ont déjà fait observer des analystes, l’embellie sur le front de l’emploi pourrait bien être de courte durée. Les excédents de l’UNEDIC pourraient donc ne pas être au rendez-vous. Surtout, « il y a 1,3 million de chômeurs non indemnisés », rappelle Jean-Christophe Le Duigou. Ils mériteraient de bénéficier en priorité des éventuelles marges de l’assurance chômage. Les syndicats ont avancé d’autres pistes, plus justes et efficaces, pour financer la retraite (réforme de la cotisation, taxation des revenus financiers, etc.). Le ministre du Travail les a jusqu’ici superbement ignorées. Ultime raison de réussir la mobilisation d’aujourd’hui : le blocage délibéré par le MEDEF des négociations sur la pénibilité, le patronat persistant dans son refus de mettre en place un système de départ anticipé. Et le ministre du Travail ayant, hormis de trop vagues menaces d’« intervention », laissé les amis de Mme Parisot enterrer ce dossier.

Y. H.

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Tag(s) : #Retraites
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