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Article paru le 14 juin 2008

l’Humanité des débats. Orientation scolaire

« Avoir comme point de mire l’intégration dans le travail »

Par Frédéric Reiss, député UMP du Bas-Rhin, auteur d’un rapport sur les conseillers d’orientation psychologues.

En octobre dernier, vous avez rendu un rapport sur le financement de l’enseignement scolaire axé sur les conseillers d’orientation psychologues. Pourquoi ce choix ?

Frédéric Reiss. Parce qu’ils jouent un rôle éminemment important, même s’ils ne représentent que 0,5 % de la masse totale du budget, à peu près 275 millions sur 15 milliards d’euros.

Leur nombre a singulièrement baissé ces dernières années…

Frédéric Reiss. C’est exact et cela vient du fait qu’il s’agit d’une profession mal perçue. Lorsque les enfants n’ont pas de problème, on ne s’intéresse pas aux CO psy. Lorsqu’ils en ont et que l’on ne trouve pas le remède, on fait porter la faute sur eux. La profession n’est pas suffisamment légitimée dans le système. Or ils font partie intégrante de l’équipe pédagogique. Le fait qu’ils interviennent dans plusieurs établissements ne facilite pas cette perception. Je pense donc qu’ils devraient être affectés à un établissement, sous l’autorité du chef d’établissement. Cela leur apporterait cette légitimité qui leur fait défaut.

Mais que faut-il bouger budgétairement ? Faut-il augmenter les moyens consacrés aux CO psy ? Transférer leur financement ?

Frédéric Reiss. Dans le cadre de la décentralisation, nous avons déjà transféré un certain nombre de personnels de l’éducation aux régions et aux départements. On pourrait faire de même avec les centres d’information et d’orientation (CIO). J’ai visité des CIO départementaux et des CIO d’État. Il n’y a pas photo. Les premiers sont dignes, les seconds sont de vieux bâtiments sans aucune fonctionnalité. Il leur faut une visibilité, une vitrine, un accueil. Cela ne pourra se faire qu’en bonne intelligence avec les régions, plus compétentes en la matière. Cette restructuration couplée à celle dans les établissements permettra un travail commun pour définir les besoins d’une région.

N’est-il pas paradoxal de placer les CO psy sous la responsabilité des chefs d’établissement et de transférer les CIO aux régions ?

Frédéric Reiss. Non. La gestion matérielle des lycées relève déjà de la compétence des régions. Elles chapeautent également les missions locales. On pourrait imaginer une meilleure synergie entre elles et les CIO.

Concernant le métier et la formation des CO psy, vous proposez d’en finir avec la licence de psychologie obligatoire…

Frédéric Reiss. Avant 1989, rien n’était vraiment dit sur l’orientation scolaire. Il y a eu des tâtonnements avant de définir leur recrutement après une licence de psychologie. Je pense qu’elle ne doit plus être un préalable. La formation doit être davantage axée sur l’entreprise, le monde économique, l’insertion professionnelle et la connaissance des métiers. Il est indéniable que certains jeunes sont déstructurés ou rencontrent des problèmes dans les familles. On peut imaginer de les faire prendre en charge par des équipes spécialisées, à l’image des RASED (1). Certains conseillers conserveront donc une compétence de psychologue, mais pas tous.

La psychologie n’a pas pour seule vocation de traiter la souffrance. C’est aussi un outil pour permettre à chaque ado d’analyser ses choix, de les faire en dehors de toute pression sociale ou affective…

Frédéric Reiss. J’entends très bien cela. Mais énormément d’enfants n’ont pas de problèmes majeurs et suivent relativement bien leurs études. Eux attendent principalement des conseils. L’orientation doit aussi intervenir pour les aider à se repérer dans le maquis des formations, des options, des filières. L’épanouissement de l’élève est tout à fait louable. Mais il faut avoir comme point de mire l’intégration dans le travail, donc une meilleure vision du monde économique, notamment de la région dans laquelle on exerce.

Êtes-vous favorable à ce que l’orientation puisse être prise en charge par des profs ou des étudiants tuteurs ?

Frédéric Reiss. Certains enseignants, dont les profs principaux, touchent déjà une prime relative à une mission de conseils en orientation. Il faut mieux l’utiliser. Je suis favorable à l’augmentation de cette prime pour les profs qui font réellement ce travail. Ils doivent être davantage formés et familiarisés à la vie de l’entreprise. Le rapport annexé de la loi Fillon consacrait une page et demie à ce point.

Beaucoup dénoncent un service d’orientation transformé en pourvoyeur de main-d’oeuvre pour les entreprises locales…

Frédéric Reiss. Il ne faut pas caricaturer la situation. Il ne s’agit pas d’adapter chaque jeune à une entreprise, mais de renforcer son adaptabilité au monde du travail. Les rapports entre le monde de l’éducation et celui de l’entreprise ne sont pas suffisamment proches pour être efficaces. Il faut ouvrir cet horizon. On pourrait imaginer, par exemple, que l’ensemble des profs principaux soient immergés pendant un ou deux jours dans une entreprise. En matière d’orientation, c’est une faute de vouloir systématiquement pousser un jeune vers des études longues. Il n’y a pas de raison de dissuader un bon élève d’aller en apprentissage. Ensuite, il faut développer les passerelles pour lui donner les moyens de reprendre des études s’il le souhaite.

(1) Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficultés.

Entretien réalisé par M.-N. B.

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Tag(s) : #Education
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