l’Humanité des débats. Orientation scolaire
« Le lycéen et l’étudiant doivent rester maîtres de leur projet »
Par Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF.
Un étudiant sur deux échoue en première année d’université. Ce phénomène s’explique-t-il par un défaut d’orientation ?
Jean-Baptiste Prévost. La première raison de cet échec n’est pas l’orientation, mais l’absence de dispositifs pédagogiques adaptés. Le modèle de l’amphi à 600 étudiants perdure, et les jeunes qui débarquent du lycée sans y être préparés s’y perdent. Autre problème majeur : beaucoup d’étudiants arrivent à l’université par défaut, parce que leur choix initial n’a pas été accepté.
Problème d’orientation ou d’affectation ?
Jean-Baptiste Prévost. Problème structurel. Les IUT et les BTS ont dévié de leur vocation première, à savoir accueillir des bacheliers des filières techniques et professionnelles. Ils recrutent en priorité des bacheliers généraux, pour lesquels ils sont devenus une voie de contournement de l’université. Certains IUT concentrent jusqu’à 70 % d’étudiants issus d’une filière générale. Les filières pro se retrouvent à l’université sans y avoir été forcément préparés. Certains jeunes y arrivent également faute d’avoir réussi les concours des filières sélectives, telles que les filières de santé. Bref, l’université est devenue le réceptacle des étudiants insatisfaits de leur choix.
À vous entendre, le système d’orientation n’est pas en cause…
Jean-Baptiste Prévost. Certaines choses doivent être améliorées. Mais affirmer que l’échec est dû à l’orientation des jeunes, c’est aussi sous-entendre que les étudiants en sont responsables. C’est le meilleur moyen de dédouaner le système de toute réflexion sur son évolution. Cela posé, il y a des failles. D’abord, le suivi du jeune, lycéen et encore plus étudiant, est très lacunaire. À la fac, le nombre des conseillers d’orientation s’avère dramatiquement insuffisant : 1 pour 100 000 étudiants en moyenne.
Depuis 2002, le nombre des postes ouverts au concours a diminué de 75 %. C’est énorme ! Il serait nécessaire d’instaurer des rendez-vous réguliers depuis la troisième jusque dans le supérieur, avec un suivi continu du dossier. Mais tout ce que l’on nous répond, c’est que ce seront désormais des étudiants, des tuteurs ou encore des enseignants qui prendront en charge ce travail. Ce n’est pas possible. Il faut une intervention de spécialistes. Ce sont les seuls à pouvoir garantir la pertinence et la neutralité de l’information délivrée.
Le dispositif d’orientation active mis en place dans le cadre du plan réussite en licence impose ce suivi…
Jean-Baptiste Prévost. Cette réponse est biaisée. Il y a deux façons de concevoir l’orientation. Soit comme un moyen de diriger les jeunes vers telle filière et de les dissuader d’aller vers telle autre. C’est le sens donné à l’orientation active. La volonté de certains acteurs de s’en servir pour réguler les flux est très claire. La Conférence des présidents d’université a d’ailleurs fait valoir qu’elle saurait se montrer dissuasive le cas échéant. Une autre conception est d’envisager l’orientation comme un temps d’émancipation du jeune, lui permettant de se décider indépendamment de tout déterminisme social et culturel, en lui donnant des éléments sans faire pression sur ses choix.
Vous parlez de pression là où d’autres disent prise en compte de réalités socio-économiques…
Jean-Baptiste Prévost. Là encore, le débat est biaisé. Évidemment qu’un jeune a besoin d’être informé sur le niveau exigé dans une filière. Évidemment qu’il a besoin d’en connaître les débouchés. L’information sur l’insertion professionnelle est déterminante, singulièrement à la fin de son parcours. Mais, franchement, qui est capable de dire aujourd’hui quel sera le taux d’emploi dans tel ou tel secteur dans cinq ans ? S’il s’agit uniquement d’informer sur le taux de recrutement dans le bassin d’emploi, ce n’est pas le rôle du conseiller. Au reste, l’orientation doit se faire graduellement. Un projet se fabrique. Lorsque l’on est au lycée, on ne se projette pas en troisième cycle. On se projette vers le bac. Puis vers un BTS ou une licence. Le reste vient ensuite. À chacune de ces étapes, l’étudiant et le lycéen doivent rester maîtres de leur projet.
Entretien réalisé par M.-N.B.
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