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Statistiques de l’emploi : les tripatouillages continuent
Casser le thermomètre, ou plutôt décaler les graduations, pour faire baisser la fièvre… Telle est la méthode choisie par le gouvernement en matière d’emploi et de pauvreté, d’après le collectif Autres chiffres du chômage (ACDC). Le collectif de chercheurs et militants a dénoncé mardi, lors d’une conférence de presse, une nouvelle série de modifications méthodologiques dans la production de statistiques officielles, qui permettent au gouvernement d’améliorer artificiellement le bilan de sa politique économique et sociale.
Ces innovations pour « adapter le thermomètre aux objectifs poursuivis » concernent d’abord le chômage, indicateur le plus sensible pour l’opinion publique. Depuis que Sarkozy, en septembre 2006, a fixé comme objectif le « plein emploi » avec un taux de chômage ramené à 5 %, ce taux a effectivement baissé de 2 points, passant de 9,8 % pour 2005 à 8 % pour 2007. Mais, d’après le collectif, cette baisse « est largement fictive » puisque l’INSEE a modifié le questionnaire de l’enquête emploi qui lui permet de calculer le taux de chômage. Auparavant, un chômeur inscrit à l’ANPE était automatiquement comptabilisé comme chômeur. Depuis un an, l’INSEE exige d’autres « actes positifs de recherche d’emploi » pour le considérer comme demandeur d’emploi. Selon ACDC, cette nouvelle définition du chômage a permis une diminution artificielle d’un point de taux de chômage, soit la moitié de la baisse affichée, l’autre étant due essentiellement à l’effet démographique des départs en retraite des baby-boomeurs.
Une autre manipulation concerne le taux de sous-emploi, visant les personnes à temps partiel souhaitant travailler plus. Entre la fin 2007 et le début 2008, le nombre de salariés en sous-emploi a chuté de 300 000, passant de 5,6 % à 4,4 % de la population active. Vague de passages à temps plein dans les entreprises ? Que nenni. L’INSEE a là aussi modifié son questionnaire. « Les enquêteurs ne demandent plus au salarié s’il souhaite travailler plus, mais s’il aurait souhaité travailler plus la semaine précédente. » Comme les salariés à temps partiel - des femmes pour la plupart - ont organisé leur vie personnelle, en premier lieu la garde des enfants, en fonction du temps partiel, cette nouvelle formulation de la question induit beaucoup plus de réponses négatives et fait chuter le taux de sous-emploi.
Enfin, le collectif a dénoncé l’indicateur de pauvreté « ancré dans le temps » proposé par Martin Hirsch, haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Cette mesure de la pauvreté se fonderait sur un seuil de pauvreté donné en euros, qui ne serait pas réévalué chaque année en fonction de la progression des salaires et des prix. Il permettrait de faire disparaître d’un coup de baguette magique des centaines de milliers de pauvres chaque année. Si cette méthode avait été appliquée entre 2000 et 2012, on aurait réduit le nombre de pauvres de 3 millions…
F. D.
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