Les étiquettes s’affolent
C’est un record inégalé depuis 1991 : la hausse des prix a atteint 3,3 %, en rythme annuel, en mai. Le mois dernier, l’inflation s’est élevée à 0,5 %. Sans surprise, ce sont les augmentations de prix dans l’alimentation (5,7 % en un an) et surtout dans l’énergie (15,4 %) qui expliquent cette accélération. Les seuls carburants enregistrent une hausse de 4,8 % en mai, et de 17,9 % sur un an, tandis que les tarifs du gaz de ville ont grimpé de 6,1 % le mois dernier et de 10,9 % depuis un an. Pour l’économiste Nicolas Bouzou, « au bout du compte, le renchérissement des matières premières explique les deux tiers de l’inflation française ». Et le pire serait encore à venir. « Étant donné la poursuite des tensions et l’incertitude sur les marchés des matières premières, il est désormais difficile de dire que le pic de l’inflation est passé, s’inquiète Mathieu Kaiser, économiste chez BNP Paribas. Au contraire, les prix pourraient encore accélérer au cours de l’année. » Selon lui, l’inflation atteindrait 3,3 % en moyenne en 2008, alors que les dernières prévisions du gouvernement tablent sur une hausse de 2,2 %. La consommation, principal moteur de la croissance, est bien sûr directement touchée (en témoigne le recul de la vente de produits manufacturés en janvier, mars et avril), les ménages réduisant ou repoussant les achats qui ne sont pas indispensables. Selon l’INSEE, le pouvoir d’achat des ménages devrait quasiment stagner au premier semestre 2008 et il pourrait même régresser pour les plus pauvres.
Quelles conséquences le gouvernement tirera-t-il de cette valse des étiquettes pour les salariés au SMIC, proportionnellement plus touchés ? Au mois de mai, le dérapage des prix l’avait obligé à décider une première augmentation du salaire minimum de 2,3 %, sans attendre la date de revalorisation annuelle du 1er juillet. En principe, selon un calcul basé sur l’indice des prix publié hier, le SMIC devrait être de nouveau relevé d’au moins 0,9 % le 1er juillet. Le ministre du Travail annoncera sa décision aux syndicats le 23 juin, devant la Commission nationale de la négociation collective. D’ores et déjà, le secrétaire d’État à l’Emploi, Laurent Wauquiez, qui s’exprimait hier matin sur France Inter, a écarté l’idée d’un coup de pouce, au-delà de l’inflation, qualifiant cette mesure d’« absurde, contre-productive », au motif qu’elle aboutirait à « scotcher tout le monde au niveau du SMIC ». Le gouvernement cherche ainsi à se soustraire à un effort en faveur des salariés les plus défavorisés en faisant valoir son intention d’inciter les entreprises à négocier sur l’ensemble des salaires : il projette de conditionner les allégements de charges à l’ouverture de négociations, une mesure qui ne garantirait en rien une hausse effective des rémunérations.
Y. H.
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