La pêche artisanale, grande oubliée des aides
La pêche, c’est l’histoire de sa vie. De Saint-Jean-de-Luz où il est né, parce que ses parents « étaient partis faire la sardine », aux côtes bretonnes, où dès quatorze ans il embarque comme matelot. Plus de quarante ans d’une vie passés sur la mer.
Il a vu peu à peu son métier sombrer dans la crise. Mais l’ancien pêcheur n’est pas du genre à abdiquer. « Je crois que cette profession mérite d’être défendue, c’est vrai que la ressource se raréfie, il faut revoir le système de vente et retravailler sur la qualité, les labels. ».
Animateur d’un collectif de réflexion pour la pêche artisanale, Jean Michel Lelay défend l’idée d’une pêche respectueuse de l’environnement. « Aujourd’hui les solidarités disparaissent. » L’homme sait de quoi il parle. Il garde en mémoire cette nuit d’orage, en 1986, où il a sauvé dans la passe de Saint-Guénolé, deux marins dont le chalutier avait chaviré. Sans doute la profession attend un coup de pouce des institutions. « Il faut un Grenelle de la pêche. La situation actuelle décourage les jeunes de s’investir dans ce métier. La prime donnée à la casse des bateaux survalorise le marché. Un jeune qui s’installe est d’emblée surendetté et dispose d’un matériel inadapté. Il est temps de revoir tout ça, si l’on veut vraiment protéger la ressource halieutique, il faut s’imposer des pauses biologiques et que l’Europe accepte de participer à la rémunération des marins à terre. » 80 % des aides accordées ne concernent pas la pêche artisanale. « Il faut encourager le retour au travail sur de petits bateaux, moins consommateurs de carburant et plus respectueux des fonds marins ». Une philosophie que les instances européennes ne semblent pas prête de prendre en compte. Faute de solutions, Jean-Michel Lelay s’inquiète d’une mutation orchestrée de sa profession vers « une pêche d’élevage » dont l’avantage serait de maîtriser la quantité au détriment de l’environnement. « Le poisson d’élevage permettrait d’ajuster l’offre puisque le surplus de pêche servirait de nourriture à l’aquaculture mais créerait des dommages environnementaux considérables. »
F.D.
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