Solidarité avec les sans- papiers
vendredi 16 mai 2008 / "le Patriote"
Ils étaient ce jour là plus d’une quinzaine, à visage découvert, qui interpellaient les citoyens niçois sur la condition qui leur est faite : « Nous avons des bulletins de paye, parfois depuis de longues années, nous payons des impôts, mais nous n’avons pas les mêmes droits que les autres travailleurs, nous ne sommes pas des délinquants…et à l’extérieur de l’entreprise nous sommes traqués ».
Dans les Alpes-Maritimes, les travailleurs « sans papiers » sont employés essentiellement dans les secteurs des services (Sécurité, personnes âgées), du nettoyage et de la restauration, selon Patrick Sotty, responsable de l’UD CGT. « un travail qui ne peut être délocalisé » La circulaire du 07 Janvier dernier, précisant la liste des métiers de travailleurs étrangers régularisables, possède « une brèche à approfondir et c’est pourquoi le combat de la CGT a pour objectifs l’élargissement de la liste, réservée aujourd’hui à des métiers hautement qualifiés. Mais aussi la défense des droits de ces travailleurs comme les autres pour faire cesser l’exploitation dont ils sont victimes et qui favorise le dumping social. La régularisation de tous ceux qui, dans les Alpes-maritimes, régulièrement ont des bulletins de salaire, payent des impôts, ont un bail pour leur logement, ou même travaillent « au noir ».Pour un message de solidarité et d’égalité des droits entre tous les salariés. » a- t-il ajouté. « Afin de briser l’hypocrisie et montrer au grand jour que l’économie de notre département ne pourrait fonctionner sans eux. Ce collectif des Alpes-maritimes se battra pour l’arrêt des expulsions, et leur protection par l’ensemble de la société, avec un appel aux élus. »a repris Estelle Coll, responsable de l’UD CGT.
Présents dans les prochaines manifestations
Déjà, l’action conjointe de la CGT d’Ile-de-France et de l’association "Droits devant" avec les salariés immigrés privés de titre de séjour a rendu visible une situation scandaleuse. Outre que ce conflit a contraint les pouvoirs publics à des premiers reculs, alors que cela paraissait impossible depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, il a pointé la stigmatisation envers ces travailleurs comme rouage essentiel d’une politique réactionnaire basée sur la peur de l’autre et un discours qui emprunte largement au fond de commerce xénophobe de l’extrême droite. « Aujourd’hui Bernard Thibault, secrétaire général de la Confédération a interpellé le premier ministre à ce sujet. » Juliette De Cronenbourg, responsable de l’UD CGT06, « attend une réponse. Et ce collectif 06 sera dores et déjà présent dans les manifestations de salariés du 15 et du 22 Mai prochain ». Avec la Fonction Publique, pour montrer que « leur combat est lié à celui des salariés « réguliers », car on veut nous faire croire qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses-de retraite, par exemple- alors qu’un très grand nombre de cotisations manquent du fait du refus de régulariser ces sans-papiers. »a rajouté Estelle Coll « Cela permettra de créer des liens de solidarité et sans doute, à l’opinion de découvrir qu’une partie de notre économie repose sur l’emploi et la surexploitation de salariés sans papiers. »
Une « cadence » trop lente
Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, a estimé dimanche que « la cadence » de l’examen des dossiers de régularisation de salariés sans-papiers déposés par la CGT « était trop lente » et il a appelé le gouvernement à « accélérer le pas ». Il a réitéré la demande, qu’il avait faite avec la CFDT, la Ligue des droits de l’homme et la Cimade, d’une réunion « pour que les critères retenus en vue de la régularisation de ces sans-papiers soient des critères communs à l’ensemble des départements ». Les régularisations sont « à la discrétion de chacun des services préfectoraux, et avec des cas similaires nous risquons d’avoir des traitements différents » a-t-il expliqué.
Et face à une tentation pour différents collectifs parisiens, de se contenter d’occuper les locaux de la CGT à la Bourse du travail à Paris (IIIe arrondissement), la celle-ci répond « Cette occupation n’apporte rien. Il y a environ 60 à 80 000 sans-papiers dans Paris, cette action n’en réunit que 250 au maximum. (…) La seule méthode qui a fait ses preuves, c’est l’occupation d’entreprises, car cela met les employeurs et le gouvernement devant leurs responsabilités. Ce qui importe (à la CGT), c’est de faire sortir de cette situation inadmissible le plus grand nombre de sans-papiers. »
Les patrons aussi…
Didier Chenet, président du Synhorcat (Syndicat national des hôteliers restaurateurs cafetiers et traiteurs), adhérent du MEDEF, s’est déclaré lundi pour une "régularisation massive" dans le cadre de la loi Hortefeux, qui offre une possibilité de régularisation à condition que les salariés travaillent dans un secteur confronté à des difficultés de recrutement, confirmant ainsi l’ampleur du problème inavoué et parfaitement connu des patrons, et pour cause, de l’emploi de travailleurs clandestins dans l’économie nationale.
La libre circulation des capitaux est un fléau pour notre pays, pas l’immigration, qui, elle, est une chance. A Nice, on estime à un millier ces travailleurs immigrés privés de titre de séjour, depuis trop longtemps. Une situation qui n’a que trop perduré.
Emmanuelle Gaziello
Gravement malade et menacé d’expulsion !
Aziz est en France depuis 94. Tunisien, il travaille dans le bâtiment et possède un titre de séjour régulier. En 2002, atteint d’une maladie chronique, il obtient un titre de séjour « étranger malade ». La préfecture a annulé son titre en 2006 prétextant qu’ « il peut se soigner en Tunisie ». Et pourtant, j’ai pu voir le rapport d’un praticien hospitalier de Larchet, médecin légiste qui précise : « le médicament dont Mr Aziz a besoin n’est pas disponible en Tunisie. » J’ai pu voir aussi une de ses dernières fiches de paye en 2007, mais depuis Août 2007, Aziz est obligé de se cacher et de travailler au « noir »pour pouvoir survivre et payer son loyer de 500 euros pour un petit studio. Une indignité de plus dans la stigmatisation de l’étranger de la part de ce gouvernement, dénoncée par Médecins du Monde qui a lancé une campagne de sensibilisation contre les expulsions d’étrangers gravement malades. Atteint de diabète, d’un cancer, du sida ou d’une autre maladie grave, un étranger renvoyé dans son pays où il ne pourra être soigné, risque la mort ou de graves handicaps.
E.G .http://www.le-patriote.info/spip.php?article1537
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