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Société - Article paru le 24 avril 2008 dans l'Humanité

« Nous aidons 1 600 000 personnes par jour à se nourrir »

Président du Secours populaire français, Julien Lauprêtre lance un appel à « une vaste mobilisation » de l’opinion. Entretien.

Pourquoi semble-t-il, aujourd’hui, essentiel à votre association d’attirer l’attention des citoyens sur la crise alimentaire en France ?

Julien Lauprêtre. La profondeur de la crise et son étendue, révélées par les médias, nous a fait réagir. Mais le Secours populaire n’en a pas été surpris. Dans notre publication Convergences, en septembre dernier, nous alertions déjà sur cette crise, avec des confidences terribles de gens amenés à fouiller les poubelles à la sortie des restaurants pour se nourrir. Nous pouvons témoigner de ce phénomène dans la mesure où nous aidons 1 600 000 personnes par jour.

Avez-vous ressenti, ces jours-ci, dans les permanences du Secours populaire, les effets de la hausse des prix alimentaires ?

Julien Lauprêtre. Oui et d’une façon très précise : nous constatons, d’une part, une augmentation du nombre de personnes qui viennent chercher de l’aide dans nos permanences et, d’autre part, l’apparition de nouveaux profils parmi ces bénéficiaires de l’aide alimentaire. Il y a des retraités, des femmes vivant seules avec leurs enfants et des jeunes. Avec la Fédération des assemblées générales des étudiants, nous collectons des tickets de resto U pour des étudiants qui ne mangent pas à leur faim. Jeunes, retraités et familles monoparentales dessinent ainsi le nouveau visage de la précarité. Aux sondages d’opinion qu’effectuent les autorités publiques, j’apporte, pour ma part, les statistiques du coeur et de la raison, grâce à notre organisation très décentralisée, avec 1 400 permanences d’accueil et de solidarité. Nous enregistrons, en une année, une augmentation des demandes d’aide, alimentaire en premier lieu, de l’ordre de 15 % à 20 %.

L’enveloppe budgétaire fournie par les autorités européennes et françaises aux associations caritatives est-elle à la hauteur des difficultés ?

Julien Lauprêtre. Nous avons connu une sorte de tsunami économique quand nous a été annoncé que nous n’aurions plus droit aux surplus alimentaires. Une conséquence de la nouvelle politique agricole commune européenne qui mettait fin à la surproduction de denrées. Après des démarches effectuées auprès de tous les députés européens et auprès des autorités françaises, nous avons obtenu, en compensation, une aide financière émanant de la France. Or, avec l’accroissement des prix alimentaires, la dotation qui nous est allouée représente un manque de 20 %. Récemment, notre organisation, la Croix-Rouge, les Banques alimentaires et les Restos du coeur, nous avions rendez-vous au cabinet du premier ministre, François Fillon, pour lui demander de revoir la subvention à la hausse.

Les associations caritatives, telle que la vôtre, vont-elles pouvoir continuer leurs actions ?

Julien Lauprêtre. Nous nous adressons, d’un côté, à nos 80 000 bénévoles pour qu’ils inventent de nouvelles initiatives afin de renforcer la récolte des fonds et des produits. Nous nous tournons également vers les responsables des grandes surfaces pour qu’elles contribuent à ce défi. De l’autre côté, nous ne cessons d’alerter les autorités sur la réalité. Nous nous trouvons en effet dans une situation qui rappelle celle de 1954, quand l’abbé Pierre a lancé son appel. Notre organisation est présente dans environ soixante pays et nous connaissons ainsi la gravité de la flambée des prix des matières premières. Les émeutes risquent de reprendre. En France aussi, cette crise est immense. Nous ressentons que nous sommes à la veille de grandes catastrophes. Il y a des risques d’émeutes de la faim également dans notre pays.

Qu’attendez-vous concrètement de votre appel à la mobilisation ?

Julien Lauprêtre. Nous attendons, en premier lieu, que les pouvoirs publics revoient leur subvention à la hausse. Et puis, notre appel concerne toutes les bonnes volontés du pays, tous les gens de coeur à qui nous demandons un effort supplémentaire, de faire des dons. Nous nous trouvons face à plus de demandes, nous souhaitons un sursaut général, une grande générosité.

Les dons sont à envoyer aux comités et fédérations ou au Secours populaire français, BP 3303, 75123 CEDEX 03, ou par don en ligne au www.secourspopulaire.fr

Entretien réalisé par Mina Kaci

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Tag(s) : #Société
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