Crise alimentaire : l’ONU avait sonné l’alarme
« Tant qu’on continuera à attendre les crises pour réagir, on n’y arrivera pas », a prévenu Jacques Diouf, directeur général de l’Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), lors d’une conférence de presse qu’il a donnée, hier, à Paris. La hausse des prix des produits alimentaires, qui affecte depuis quelques mois le monde entier et qui, combinée à un environnement politique propice, a généré, dans certains pays, des mouvements de colère sociale, était prévisible.
Dès le mois d’octobre 2007, la FAO avait tiré la sonnette d’alarme. « Stocks au plus bas depuis les années quatre-vingt », « demande en augmentation en raison de la croissance de la population mondiale », amélioration qualitative de l’alimentation dans les pays émergents, « détournement de la production agricole pour satisfaire la demande en bioénergie », le tout « exacerbé par la spéculation » : tous les signaux d’alerte étaient déjà au rouge.
Au-delà de ces facteurs immédiats, la situation actuelle « est le résultat de décennies de choix politiques », a rappelé le directeur de l’agence onusienne. Le secteur agricole a été négligé pendant des années. « Entre 1980 et 2000, l’aide à l’agriculture a diminué de moitié. » Résultats, il n’y a pas eu investissements dans les facteurs de production, comme la maîtrise de l’eau, les infrastructures de transports, qui réduiraient la dépendance des paysans, ou les moyens de stockages, dont l’absence conduit pourtant, dans certains pays, « à une perte de 40 % à 60 % de la production ».
Jacques Diouf a également épinglé une « libéralisation sans équité » qui a mis les pays pauvres en concurrence avec « les puissants, qui aident leurs agricultures à coups de milliards ». Il a critiqué « les politiques qui ont amené à démanteler les institutions régulatrices », qui assuraient l’approvisionnement en intrants des paysans et garantissaient un prix d’achat minimum pour leurs productions. Les gouvernements n’ont pas non plus été épargnés. « Les politiques agricoles sont du ressort de la souveraineté des nations. Il y a un problème de choix d’investissement dans les budgets nationaux », a-t-il martelé.
Le regain d’intérêt pour l’agriculture est réel. Symboliquement, pour la première fois depuis 1982, la Banque mondiale a consacré son rapport 2007 sur le développement aux questions agricoles. Mais, au-delà des discours de bonnes intentions et de l’aide d’urgence, les applications tardent à venir. Le directeur de la FAO constate que, jusqu’à présent, rien n’a été fait pour aider les paysans à faire face au doublement du prix des engrais et des semences. À l’automne, il avait pourtant prévenu que, pour garantir une bonne récolte l’année prochaine, il fallait agir sur ce point avant mars.
Camille Bauer
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