Les aliments toujours plus chers
Toujours trop élevés pour les petits budgets, les prix alimentaires ont été assez sages dans les magasins durant de longues années. Hormis les fluctuations parfois importantes sur certains produits frais en raison des aléas climatiques, les prix des denrées issues de l’industrie agroalimentaire évoluaient raisonnablement.
Soumises à la concurrence des magasins de hard discount, les grandes surfaces mettaient la pression sur les PME et les coopératives agricoles pour obtenir des « premiers prix » et des produits identifiés à la marque de l’enseigne commerciale, vendus moins cher que ceux des grandes marques industrielles comme Danone ou Nestlé.
Entre 1998 et 2007, la marge brute des grandes enseignes est passée de 26 % du prix vendu au client à 36 %. Désormais, les premiers prix et les marques de distributeurs augmentent plus en pourcentage que les produits de marque car ils sont plus touchés par la hausse des matières premières du fait de la faible marge des fabricants.
Cela étant, le temps des produits alimentaires bon marché est probablement fini si les décideurs politiques laissent jouer « les lois du marché ». Désormais, les financiers spéculent sur les denrées alimentaires. Ils achètent du blé, du soja, du maïs, du riz, dans le seul but de les revendre quelques semaines plus tard avec un gros bénéfice. Du coup, le pain, les pâtes, le riz et les produits à base de farine coûtent plus cher, les aliments du bétail aussi, ce qui augmente le prix de revient de la viande, des oeufs, des produits laitiers.
Parallèlement, certaines baisses de prix découragent la production agricole. Cette dernière recule alors en volume jusqu’au moment où la pénurie provoque un emballement des cours. Ainsi, après les hausses de l’automne 2007, le prix du lait payé aux éleveurs augmente encore de 26,1 % au second trimestre 2008. Pourquoi ? Parce que trois années de baisse des prix de 2004 à 2006 inclus ont découragé les producteurs dont beaucoup ont abandonné la production laitière alors que les jeunes paysans ne s’installaient pas, faute de pouvoir dégager un revenu décent. Du coup, il n’y a plus assez de vaches pour répondre à la demande.
Actuellement, la viande de porc est mal payée aux éleveurs. On sait déjà que l’offre ne pourra plus suivre la demande dans quelques mois, car trop d’éleveurs auront abandonné la production porcine en Europe. Alors, nous connaîtrons aussi une envolée des cours de la viande porcine dans les magasins. Ainsi va l’économie dite libérale.
Gérard Le Puill
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