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Politique - Article paru le 24 avril 2008 dans l'Humanité

Les patrons moins riches que riches, mon oeil !

Rémunération . Une caste de dirigeants s’enrichit au moment où le gouvernement crie haro sur les revendications salariales des Français.

En pleine poussée revendicative pour obtenir des hausses de salaires qui suivent au moins l’inflation, l’article paru dans les Échos, mercredi 23 avril, qui se réjouit d’une progression des rémunérations des patrons du CAC 40 à hauteur des profits réalisés par leur entreprise, a de quoi énerver. Selon le quotidien, l’évolution annuelle de la moyenne totale des rémunérations perçues par les patrons des plus grandes entreprises françaises serait de 4,5 %.

Certes la progression des revenus du grand patronat diminue, mais les écarts pharaoniques s’accroissent toujours entre le revenu moyen d’un grand patron et celui d’un salarié français (lire ci-dessous). Ainsi, pendant que le premier empoche 2,26 millions d’euros pour une année de travail, le deuxième se voit contraint de travailler 96 ans pour toucher un montant équivalent avec un salaire moyen de 1 947 euros par mois.

Avec la flambée des prix des matières premières alimentée par les cours des marchés internationaux, l’inflation a renoué avec les taux des années quatre-vingt-dix (+ 3,2 % en mars). Auxquels s’ajoute la hausse des tarifs du gaz pour les particuliers (9,5 % depuis le début de l’année 2008). Les ménages encaissent de plein fouet l’accumulation des crises financières. De partout les revendications salariales montent. La consommation des Français, qui jusqu’ici tenait bon, chute de 1,7 % au mois de mars. La « première alerte sérieuse » pour la croissance depuis le début de l’année, aux yeux des économistes.

Mais, devant la situation, Nicolas Sarkozy et son gouvernement ne font que montrer leur impuissance. Avec le slogan des caisses vides, l’État a décidé de ne pas se donner les moyens d’augmenter les revenus ou les allocations. Les récentes polémiques sur la carte famille nombreuse, les remboursements d’optique ou la baisse des allocations familiales vont dans ce sens. Pire : il a utilisé l’essentiel de la marge de manoeuvre budgétaire avec le « paquet fiscal » voté l’été dernier, avec un coût estimé à 13,8 milliards d’euros par an. Même son de cloche du côté de la Banque de France quand, mardi, son gouverneur, Christian Noyer, demande aux chefs d’entreprise de la zone euro de ne pas laisser les salaires évoluer. Comme si l’inflation devait rester au niveau où elle en est actuellement. Et réaffirme que la BCE va insister « avec force » sur « la nécessité de ne pas entrer dans une spirale salaires-inflation ». Pour les économistes de l’OFCE, la relance de la demande intérieure via une hausse des salaires est nécessaire. Selon eux, il existe « des marges de manoeuvre qui se trouvent du côté du taux de rentabilité du capital trop élevé ».

Clotilde Mathieu

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Tag(s) : #Politique
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