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Société - Article paru le 23 avril 2008 dans l'Humanité

Point de vue

« Il faut que ça bouge vraiment ! »

FRANCINE BLANCHE, DIRIGEANTE DE LA CGT, SUITE À LA RENCONTRE, LUNDI, AVEC LE MINISTÈRE DE L’IMMIGRATION.

« Nous avons eu enfin lundi soir une première réunion au plus haut niveau, entre les responsables du gouvernement sur le dossier et nous, les représentants des grévistes. Ils vont rencontrer tous les préfets de la région parisienne, de façon à ce que, comme nous le demandions, tous soient sur la même longueur d’onde, et que nous ayons, dans toutes les préfectures, le même son de cloche. Si on y va, c’est pour avancer tous ensemble, dans la région parisienne. Nous allons pouvoir commencer à travailler dès mercredi matin. Les responsables de la CGT vont apporter dans chacune des préfectures les dossiers de travail de chacun des salariés concernés. Je dis bien les dossiers de travail, car on n’est pas dans la situation habituelle où on demande aux immigrés d’amener jusqu’à la facture de téléphone pour prouver qu’ils sont en France depuis longtemps. On est dans la situation – c’est tout à fait nouveau dans ce conflit – où il faut appliquer intelligemment la circulaire du 7 janvier 2008 qui permet une régularisation des salariés sans papiers dans les métiers en tension. Nous amènerons donc le contrat de travail, ou une promesse d’embauche, et des bulletins de salaire, ou tout document montrant un lien entre l’employeur et le salarié. C’est tout. Nous verrons s’il s’agit réellement de rendez-vous sérieux, si on avance, si on ne nous sort pas des arguments n’ayant rien à faire dans le débat. Nous ferons le point mercredi soir. Nous avons prévenu le cabinet du ministre : nous voulons voir si ça évolue de façon positive pour chacun des salariés grévistes. Tant qu’on n’en est pas absolument persuadé, on ne lâche pas. Nous sommes dans un conflit syndical dur, comme nous avons l’habitude d’en mener. À l’heure où je vous parle, j’ai bon espoir que l’ensemble des grévistes pourront être régularisés. Leurs situations sont différentes selon les entreprises, mais ce sont tous des salariés qui travaillent dur, qui cotisent, et qui n’ont droit à rien. Ça ne peut pas continuer qu’il y ait dans ce pays des salariés de deuxième ou troisième zone, sans aucun droit. Sinon on n’arrivera jamais à gagner du pouvoir d’achat, des droits pour l’ensemble des salariés. Il faut que ça bouge vraiment, c’est le message qu’on a passé lundi soir au cabinet du ministre. Il est clair qu’il y a beaucoup d’endroits où il peut y avoir d’autres mouvements de grève. C’est pourquoi je conseille vraiment aux autorités d’être très sérieuses avec les dossiers qu’on va apporter. » « Une nouvelle matrice de négociations »

JEAN-CLAUDE AMARA, PORTE-PAROLE DE DROIT DEVANT !!, À L’INITIATIVE, AVEC LA CGT, DES GRÈVES DEPUIS LA SEMAINE DERNIÈRE.

« Les négociations ont porté sur six cents salariés en grève, pour une régularisation de travail dans le cadre de la circulaire du 7 janvier, c’est-à-dire une régularisation à partir de fiches de paie dans les métiers en tension. Les cartes sont renouvelables chaque année, selon le texte, c’est pour cela que nous exigeons que les contrats d’embauche soient des contrats à durée indéterminée. Sinon, en fin du contrat, il suffirait que le patron ne le renouvelle pas pour que le salarié reparte à zéro, comme cela s’est passé en Italie. Il n’est pas exigé de durée de présence en France. La base, ce sont seulement les 150 métiers dits en tension. Peu importe la durée de la présence en France de ces salariés et leur situation administrative (arrêté de reconduite…) pourvu qu’ils puissent prouver leur lien avec leur employeur. « Avoir des papiers les ferait entrer dans le droit du travail, avec paiement des heures supplémentaires, droit aux congés payés, au respect des horaires. Nous sommes en train de fabriquer une nouvelle matrice de négociations qui entraînera des milliers d’autres régularisations parce que le gouvernement n’a pas le choix. Il doit prendre les mesures de fond nécessaires. Maintenant, les salariés sans papiers ont vu que la grève, l’outil des travailleurs, était un levier efficace pour contraindre les politiques à régler cette situation qui dure depuis vingt-cinq ans. Si le pouvoir ne bouge pas, il y aura une explosion de grèves qui embrasera le pays. Le gouvernement a intérêt, pour éteindre le feu, à aller en profondeur. » Recueilli par Yves Housson

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Tag(s) : #Politique
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