Xavier Darcos reste sourd face aux lycéens et aux profs
Xavier Darcos a-t-il besoin d’un Sonotone ou d’un logiciel de traduction ? Au fur et à mesure de ses entrevues avec les représentants des lycéens et des professeurs, le dialogue de sourds s’est installé. Le ministre de l’Éducation nationale croit pourtant savoir à quoi rêvent les uns et les autres. Malgré le succès de la manifestation de mardi (entre 20 000 manifestants, selon la police et 50 000 selon les organisateurs), il a déclaré hier sur France Inter au journaliste qui l’interrogeait : « Ne confondez pas les slogans idéologiques et syndicaux et ce que demandent les lycéens » qui, selon lui, « veulent la réforme du lycée ». Lorsque, quittant le ministère un peu plus tard dans la matinée, Alix Nicolet, présidente de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne a appelé à continuer la mobilisation demain « pour maintenir la pression sur les suppressions », les oreilles du ministre ont dû siffler…
Blocage sur le nombre de postes
La présidente du syndicat lycéen a souligné un « vrai blocage » sur la question des suppressions, point d’achoppement avec le ministère. Florian Lecoultre, son homologue de l’Union nationale des lycéens, la rejoint : « Sur la revendication centrale de la mobilisation lycéenne que sont les moyens, on n’avance toujours pas. » Pourtant, il juge « nécessaire » le règlement de la question « pour faire fonctionner les lycées correctement à la rentrée 2008 ».
Avec les syndicats d’enseignants, Xavier Darcos n’est pas plus clairvoyant, qualifiant sa politique de « moralement juste ». Les accusant d’instrumentaliser la crise, il les provoque, comme il l’avait fait mercredi dernier, déjà : « J’invite chacun à prendre ses responsabilités, à ne pas trop pousser l’angoisse de la jeunesse à des fins qui sont autres que pédagogiques. » Surtout, il entend leur faire porter la responsabilité d’éventuels dérapages. Les syndicats « savent comme moi le danger qu’il y a à ce que 15 000 ou 20 000 élèves circulent dans les rues deux fois par semaine. On sait très bien que ça peut finir par un incident », ajoute-t-il, souhaitant faussement « parler au fond ».
C’est précisément ce qu’a fait le SNES-FSU en commandant à l’institut CSA un sondage sur le rapport Pochard auprès des professeurs (lire ci-dessous). Les conclusions sont sans appel : « Les pistes ne répondent pas aux objectifs de revalorisation, jugée urgente par la très grande majorité des enseignants. » Constatant le décalage entre les besoins et les méthodes brutales du gouvernement, la profession reste donc mobilisée. Et tant que les suppressions de postes seront d’actualité, les enseignants pourront compter sur leurs élèves. Alix Nicolet a assuré que le mouvement survivrait aux vacances de la région parisienne, la province prenant la relève : elle « a eu le temps de préparer de belles manifestations pour la rentrée pendant qu’elle était en vacances ».
Grégory Marin
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