« Darcos. Pédagogie : 0/20. Démagogie : 20/20 »
« Évaluation de l’élève Xavier Darcos. Pédagogie : 0/20. Concertation : 0/20. Démagogie : 20/20. Décision du conseil de classe : doit quitter le système scolaire. » France, enseignante dans le 18e arrondissement, porte sa pancarte sur son dos. Tous les slogans ne sont pas aussi sophistiqués : « Darcos, t’es foutu, la jeunesse est dans la rue », hurlent plus loin des lycéens en choeur. Même si les phrases changent, le nom du ministre de l’Éducation est sur toutes les lèvres.
38 élèves dans une classe de seconde
Dans la ligne de mire des manifestants, il y a d’abord les suppressions de 11 200 postes annoncées par le gouvernement. Erwan, dix-sept ans, est lycéen à Nemours, en Seine-et-Marne. « Dans notre établissement, on demande des postes supplémentaires. Chaque année, des professeurs partent à la retraite, sans être remplacés. On se retrouve à 38 élèves dans une seconde ! » Olivia, professeur d’arts plastiques en collège, craint pour sa matière. « Le nombre d’enseignants en arts diminue chaque année. À la place, on embauche des intervenants. »
Autre point qui provoque la colère des manifestants, les nouveaux programmes scolaires en primaire. Les instituteurs et autres professeurs des écoles sont bien présents dans le défilé. « On a noté des similitudes entre ces programmes et ceux de 1923 ! s’exclame Corine, institutrice. Qui a écrit ces programmes ? Pourquoi l’avoir fait sans aucune concertation ? » Debout sur un char du SNUipp (Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles et PEGC), Kamel Ould-Bouali tend des textes de chansons aux manifestants. « Nous demandons qu’un travail de réflexion soit mené entre instituteurs et chercheurs, pour analyser ce qui a été fait dans le primaire depuis 2002. Qu’on regarde déjà ce qui clochait avec les anciens programmes avant d’en concocter des nouveaux ! »
La situation se gâte brusquement vers 15 h 30. La foule reflue soudain au milieu des cris et des odeurs de gaz lacrymogènes. Un accrochage a eu lieu entre plusieurs bandes rivales : quelques projectiles volent à travers le cortège, un jeune est roué de coups par un groupe. Les CRS chargent à plusieurs reprises. « C’est la même chose qu’à la dernière manif, soupire Ahmed, photographe amateur. Encore ces histoires d’affrontements entre quartiers. Et le pire, c’est que les perturbateurs sont une poignée, toujours les mêmes. »
Rendez-vous les 15, 18 et 24 mai
Dans le cortège, encadré par un imposant service d’ordre en tête, on pouvait voir les ballons de l’UNL et de la FIDL, les deux syndicats lycéens, du SNES-FSU et SNUipp-FSU, de l’UNEF (étudiants) ainsi que des drapeaux de FO, CGT, SUD, SGEN-CFDT et de la FCPE (parents d’élèves). « Nous sommes plus nombreux que jeudi dernier », s’est félicité, en tête de cortège, le président de l’UNL Florian Lecoultre. Le secrétaire général de la FSU, Gérard Aschieri, a rappelé qu’il y avait « un programme large » de manifestations et d’actions, les 15, 18 et 24 mai « tant qu’il n’y aura pas de réponse de la part du gouvernement ». Quant au secrétaire général du SNUipp-FSU (majoritaire dans les écoles), il a averti : « Quand un professeur des écoles est en grève pour des questions éducatives, c’est un signe. Le ministre devrait prendre la mesure de ce mécontentement ».
Cyprien Boganda
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