« Le gouvernement nous paie de mots »
Quelles seraient les conséquences pour la Seine-Saint-Denis, qui s’est lancée dans l’expérimentation du RSA, d’une remise en cause de ce dispositif par le gouvernement ?
Jean-Charles Nègre.
Notre département compte un nombre de chômeurs 4 points au-dessus de la moyenne régionale et plus de 45 000 allocataires du RMI, soit le quart de toute l’Ile-de-France. Notre objectif était que chacun puisse accéder à un emploi stable, reconnu et bien rémunéré. Ce n’est pas exactement l’objectif annoncé du RSA. Nous avons donc pris des garanties pour préserver ses bénéficiaires, en posant une série de conditions pour veiller à la qualité des emplois. Cela permettra de mieux maîtriser les contrecoups d’une remise en cause du dispositif. Une de nos conditions a été de prévoir que le RSA ne serait versé qu’aux allocataires qui reprennent ou exercent une activité supérieure à un mi-temps. Cela diminue le nombre de bénéficiaires potentiels mais permet d’aller vers des parcours mieux sécurisés. Le département a également prévu un renforcement de l’accompagnement des allocataires dans l’emploi ainsi qu’une prise en compte de tous les frais nouveaux induits par la reprise d’une activité. Les évolutions actuelles montrent que nous avons eu raison d’être prudents. Pour autant, la question du devenir concret des érémistes et des chômeurs de notre département reste intacte.
Comment réagissez-vous au discours du chef de l’État, qui conditionne la pérennisation du RSA à la réalisation d’économies budgétaires ?
Jean-Charles Nègre. Avec Nicolas Sarkozy, il vaut mieux être riche financier que chômeur en Seine-Saint-Denis. Il y en a toujours assez pour les privilégiés et jamais suffisamment pour les autres. Lui qui n’hésite pas à offrir 15 milliards d’euros sous forme de bouclier fiscal, divise par deux voire trois la somme estimée nécessaire à la généralisation du RSA, en passant de 3 à 1 milliard d’euros. C’est de l’injustice mathématiquement démontrée.
N’est-ce pas un manque de respect de l’État vis-à-vis des collectivités ?
Jean-Charles Nègre. Le respect n’y est plus depuis un moment. L’État doit à la Seine-Saint-Denis près de 400 millions d’euros au titre des compétences supplémentaires transférées sans les moyens pour les assurer (RMI, routes nationales, personnel technique des collèges, etc.). Nous attendons qu’il respecte déjà cette dette. Mais on ne peut accepter qu’une fois encore le gouvernement nous paie de mots et qu’il demande aux collectivités de faire l’effort réel en monnaie sonnante et trébuchante. La solidarité avec nos concitoyens les plus fragilisés ne peut être le seul fait des habitants de la Seine-Saint-Denis par le biais des taxes locales. Elle ressort de la solidarité nationale, donc du budget de la nation tout entière.
Entretien réalisé par Sébastien Crépel
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