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- Article paru le 10 avril 2008 paru dans l'Humanité

Le ministère ne veut rien entendre

Enseignement . Les lycéens et parents d’élèves manifestent aujourd’hui avec les professeurs. À Sevran (Seine-Saint-Denis), ces derniers ont trouvé porte close au rectorat. Reportage.

« Je ne suis pas une variable d’ajustement », clame le message inscrit sur le tee-shirt de ce professeur. Comme plusieurs dizaines de ses collègues des établissements publics de Sevran (Seine-Saint-Denis), il a bravé la pluie, hier, devant le rectorat de Créteil (Val-de-Marne) pour dire son désarroi d’être « abandonné » par sa hiérarchie. Emboîtant le pas des centaines d’établissements en France qui manifestent contre la suppression de 11 200 postes de professeurs, annoncée par le ministre de l’Éducation, Xavier Darcos, les équipes pédagogiques de cinq établissements de Sevran (quatre collèges, un lycée) ont mis sur pied une plate-forme de revendications communes. Parce que « c’est tout le système éducatif d’une ville déjà défavorisée qui est menacé », dénonce leur communiqué. Trois postes de professeurs supprimés à La Pléiade, cinq à Gallois, plus un administratif, sans compter la disparition de l’enseignement artistique (musique et dessin) pour les SEGPA ; cinq postes et demi de moins à Painlevé, six à Brassens. Pourtant, en Seine-Saint-Denis, et en particulier à Sevran, « une des villes les plus pauvres de France selon les revenus fiscaux », le « besoin éducatif » est prioritaire. « Nos enfants ont droit à une scolarité normale », s’indignait Roselyne Piot, parent d’élève venue soutenir le mouvement.

Le cas du lycée polyvalent Blaise-Cendrars, dont plusieurs professeurs étaient présents hier devant le rectorat, est « représentatif d’un abandon du ministère et plus largement d’une politique scolaire profondément inégalitaire », note l’équipe pédagogique. L’établissement « revient de loin ». Par le passé il a « cumulé tous les indicateurs » de difficultés : longtemps classé « dernier ou avant-dernier » lycée de France pour ses résultats au baccalauréat (53,6 % de réussite seulement en 2001), il compte 67 % de population défavorisée (contre 32 % au plan national, et 36 % sur l’académie de Créteil), et a dû faire face à des problèmes de violence aujourd’hui réglés. S’il reste estampillé APV (affectation prioritaire justifiant une valorisation), un sigle difficile à porter, Blaise-Cendrars a changé. Grâce - déjà - à une grève de trois semaines des élèves et des enseignants, le lycée a obtenu en 2001 et 2002 des « effectifs limités à 30 par classe, deux postes supplémentaires de CPE, deux professeurs par classe de seconde, 360 heures spécifiques d’enseignement (soutien scolaire et projets éducatifs) et l’application de la carte scolaire pour éviter la ghettoïsation », énumère Aline César, professeur d’histoire et géographie.

Ces mesures, et « l’énergie de la communauté éducative », avaient permis « d’améliorer le climat », et le taux de réussite au bac est passé de 53,6 % en 2001 à 67,3 % en 2007. Mais l’équilibre fragile est remis en question, avec 10 suppressions de postes d’enseignants à temps plein en prévision. Traduction : une classe de seconde, une classe de 1re S, une de terminale et deux demi-classes (1re L et 1re ES) en moins… « On va créer des classes fourre-tout et ce sera un fiasco total », râle Anaïs, en 1re ES. L’augmentation des effectifs, atteignant 35 élèves par classe, n’est pas pour la rassurer. Pas plus qu’Aline César : « Je suis arrivée en 2001 et, si je suis encore là, c’est parce qu’on a eu des moyens. Si ça se passe plus mal, tous les enseignants qui se sont engagés dans le redressement du lycée vont partir… » L’ombre du malaise d’avant 2001, quand « le turn over des professeurs approchait 50 % d’une année sur l’autre », plane à nouveau.

fin de non-recevoir

Bloqué depuis le 28 mars par les lycéens, soutenus par des grèves successives des personnels éducatifs, le lycée tente en vain, avec les autres établissements sevranais, d’obtenir un rendez-vous au rectorat. Mais, cette fois encore, leur hiérarchie leur oppose une fin de non-recevoir. Un délégué rapporte les mots d’un membre du cabinet du recteur : « On n’a rien à vous dire, tout va bien. » « On voulait un mouvement bref mais massif, commente, visiblement dégoûtée, Aline César. Mais on a l’impression que le rectorat et le ministère attendent le pourrissement pour négocier au cas par cas. » Malgré la pluie, de tristes sourires s’accrochaient sur les visages des professeurs toujours déterminés. Alors que Sevran organise aujourd’hui une journée « école morte », ils porteront leur « torche éducative », symbole « d’égalité face à l’éducation » au coeur de la manifestation parisienne.

Grégory Marin

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Tag(s) : #Education
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