Sarkozy veut économiser sur l’aide aux plus pauvres
Le gouvernement souf- fle le chaud et le froid sur l’avenir du revenu de solidarité active (RSA). Le dispositif, censé encourager un retour à l’activité par le biais d’un complément de salaire aux allocataires du RMI et de l’API,
devrait coûter entre 1,5 et 3 mil- liards d’euros par an à l’État. À peine François Fillon avait-il fait savoir qu’il jugeait la mesure « trop coûteuse » que Nicolas Sarkozy renchérissait, affirmant mardi, à Cahors, qu’il faudrait « calibrer » le RSA « en fonction des disponibilités financières qui sont les nôtres » après avoir déclaré en janvier que les caisses étaient vides… Enfin, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, tentait hier de rassurer tout le monde estimant qu’il s’agissait « d’un dispositif efficace qui s’insère dans les contraintes budgétaires ». Une cacophonie qui doit donner le tournis au haut-commissaire aux Solidarité en charge du dossier, Martin Hirsch, que l’abandon de la mesure reléguerait définitivement dans ce gouvernement au rang de simple figurant. Situation d’autant plus délicate que l’ancien responsable d’Emmaüs n’entend pas transiger sur l’objectif de sa mission et refuse un RSA « au rabais ». « Il y a des discussions directes avec le président de la République », finissait-il par admettre hier, avant de conclure : « Il y a un cap à tenir qu’on tient. » Pour combien de temps ? Contestable à certains égards (la mesure revient in fine à compléter les revenus du travail par les revenus de la solidarité nationale), l’idée trouvait néanmoins un écho plutôt favorable à gauche et, surtout dans le cadre de la loi TEPA, servait de timide et de seul contrepoids à côté d’un paquet fiscal extrêmement coûteux, plus de 14 milliards d’euros, dont l’essentiel profite aux plus aisés.
Dans son avant-propos, « le livret vert pour le RSA », document servant de base de travail à la mission de Martin Hirsch, donne d’emblée le niveau de la réponse nécessaire pour pallier l’extrême précarité qui touche un nombre croissant de travailleurs. Ils sont aujourd’hui 1,5 million à être pourvus d’un emploi vivant en dessous du seuil de pauvreté (moins de 817 euros par mois), seuil en deçà duquel vivent aujourd’hui 7,1 millions de Français. Le RSA se fixait pour ambition de réaliser plus d’un tiers de l’objectif affiché par Nicolas Sarkozy consistant en une réduction de 30 % de la pauvreté en France à l’horizon 2012.
situation d’urgence sociale
Aujourd’hui expérimenté dans 34 départements, sans que la part de financement entre État et conseil général n’en ait été précisément fixée, le dispositif s’attache à donner un complément de rétribution en cas de retour à l’emploi aux allocataires du RMI ou de l’allocation parent isolé (API) pour éviter les situations se soldant par une stagnation, voire une diminution de revenus (frais de transports, de garde…) lorsque l’intéressé n’a accès qu’à un emploi à temps partiel.
Si elle s’inscrit dans une logique de renoncement face la précarisation galopante du monde du travail, la mesure vise à répondre aux situations d’urgence sociale que connais- sent les 1,5 million de travail- leurs pauvres que compte aujourd’hui la France.
Frédéric Durand
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