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Politique - Article paru le 5 avril 2008 dans l'humanité

Sarkozy donne le signal de la rigueur

Budget . Les mesures présentées par le président de la République pour réformer l’État pèseront sur les Français sans combler les déficits publics.

Dans la myriade de promesses que le candidat Sarkozy a avancée lors de sa campagne, il en est qui résistent mieux au temps que d’autres. Si la hausse du pouvoir d’achat n’est plus une priorité, la volonté de réduire la dépense publique reste d’actualité. À ceux qui en doutaient, le rapport du deuxième conseil de modernisation des politiques publiques et le discours de Nicolas Sarkozy, hier, aura rafraîchi la mémoire. Précisons qu’à quelques mois de la présidence française de l’UE, la question des déficits publics, 2,7 % du PIB fin 2007, est devenue sensible. Si le chef de l’État a obtenu de ses partenaires européens une prolongation, jusqu’en 2012, pour parvenir à un taux zéro de déficit, il devait donner en échange un signe de bonne volonté gestionnaire. Les 14 milliards du paquet fiscal n’ayant eu aucun effet positif sur la croissance, rien n’est à attendre du côté des recettes fiscales.

L’Éducation paiera le plus lourd tribut

Reste la réduction des dépenses. Plus de 150 dispositions censées permettre une économie d’environ 7 milliards d’euros sur cinq ans ont été arrêtées. L’État s’apprête, entre autres mesures, à baisser de 10 % le plafond des ressources donnant droit à un logement HLM, limiter le nombre de contrats aidés, soit la suppression de 135 000 entrées dans ce type de contrat par rapport à 2007, excluant de fait tous les moins de 25 ans non éligibles au RMI, ou encore une concentration des aides à l’innovation pour les entreprises de moins de 5 000 salariés. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy confirme le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Si le chef de l’État insiste sur la participation de tous les ministères à l’effort d’économie, il n’empêche que sur ce point, c’est l’Éducation nationale qui paiera le plus lourd tribut puisque, avec un taux de départ de 57 %, c’est bien chez les enseignants que la suppression de poste sera la plus élevée. « Cette réduction d’effectif devrait représenter 4,5 milliards en cinq ans, soit 0,23 point de PIB, à titre de comparaison, un supplément de croissance de 0,1 % par an en quatre ans rapporterait à l’État plus de 4 milliards de recettes fiscales », note l’OCDE.

Les conséquences sociales

Mais celui qui devait aller chercher la croissance « avec les dents » fait finalement le choix d’économiser sur l’éducation. D’autres propositions comme la création d’une Haute Autorité de la concurrence et répression des fraudes, la suppression du dispositif de surpensions pour les fonctionnaires prenant leur retraite en Outre-Mer, la création d’agences régionales de la santé ou la fusion d’une trentaine de structures d’administrations centrales n’auront que de modestes effets. Outre les conséquences sociales de certains des choix privilégiés par la droite, avec 7 milliards d’économie réalisés sur cinq ans, il manque encore plus de 40 milliards à trouver sur la même période. Sans relance du pouvoir d’achat qui se traduise par un gain en croissance, l’exercice de la rigueur n’est qu’un pis-aller idéologique. Pire, les sacrifices qu’elle impose risquent de miner encore le moral des ménages.

Frédéric Durand

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Tag(s) : #Politique
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