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Société - Article paru le 5 avril 2008 dans l'Humanité

Les mille et un visages de la « xénophobie d’État »

Immigration . Manifestation nationale ce samedi à l’appel d’Uni(e)s contre l’immigration jetable, du Réseau Éducation sans frontières et des collectifs de sans-papiers.

Le 15 février dernier, John Maina s’est suicidé. Il avait vingt ans. Il venait de se voir refuser le droit à l’asile, alors que tout retour dans son pays le prédestinait à une mort encore plus atroce. Jeudi, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides publiait ses résultats pour 2007, se prévalant d’un taux de reconnaissance des demandes de 30 %. Mais, pour la quatrième année consécutive, le nombre de demandeurs chute, et cette année de 15 %. Rien d’étonnant quand les nouveaux visas de transit aéroportuaires excluent les réfugiés somaliens et tchétchènes de notre territoire, ou quand 150 réfugiés irakiens sont les seuls à avoir réussi à demander l’asile en 2007. Rien d’étonnant non plus quand les procédures prioritaires, donc expéditives, touchent un tiers des demandes, sans recours suspensif…

La « xénophobie d’État », contre laquelle plusieurs manifestations sont organisées ce samedi (lire encadré), a de très nombreux visages, qui s’appliquent aussi bien aux demandeurs d’asile et sans-papiers, qu’aux étrangers en situation régulière et aux Français, enfants d’étrangers, conjoints de Français ou engagés dans la défense des droits de l’homme, voire à tous ceux que touche une politique liberticide.

Le mot « asile » est tellement assimilé, réduit en fait, à la question de l’immigration que le gouvernement choisit ses protégés : les Kurdes et les Sri Lankais sont refoulés au péril de leur vie, quelques chrétiens d’Irak sont protégés. Pour les sans-papiers, c’est l’immigration choisie : 150 métiers pour les Européens et 30 pour les pays tiers, et la non-régularisation des salariés, dans la grande majorité des cas, dans des branches pourtant affirmées comme déficitaires. Les rafles au faciès dans les métros, les gares, aux abords des foyers voire dans leurs locaux au nom de la salubrité, comme dans les « hôtels meublés », aux abords des écoles et lycées, sont devenues aussi systématiques que les arrestations dans les préfectures avec des convocations piégées. À Nanterre, c’est contre cette pratique qu’une banderole vient d’être déployée sur la préfecture. La politique des quotas n’attend qu’une réforme de la Constitution pour entrer en vigueur comme la création d’une juridiction spéciale, alors que déjà les droits de la défense sont bafoués dans des tribunaux où les parquets sont devenus des supplétifs des préfets. À cela, il faut ajouter toute la politique « d’aide au développement » soumise au chantage des accords de coopération bilatéraux contre la lutte contre « l’immigration clandestine ».

Toute la politique de suspicion du contrôle au faciès vise aussi les étrangers en situation régulière. Ils sont nombreux à emplir les centres de rétention avant que les autorités ne s’aperçoivent qu’ils n’ont rien à y faire : sur 150 000 arrestations, le ministère espère 25 000 expulsables. Voilà qui explique mieux qu’un long discours les révoltes dans les centres de rétention, comme celui de Vincennes. Ces mêmes étrangers réguliers sont interdits de milliers d’emplois, alors que le ministre se plaint de leur taux de chômage de plus de 20 %. Victimes directes du durcissement des conditions du regroupement familial, on leur demande des conditions de rémunérations et de logement qui pourraient bannir du territoire plus de six millions de Français.

Et puis il y a ceux qui refusent cette politique. Philippe Chouard, 74 ans, distribuait des tracts, mercredi dernier, à Aix-en-Provence, appelant à la manifestation d’aujourd’hui. Il a passé vingt heures en garde à vue, après avoir été arrêté à l’appel d’un vigile par la police municipale qui a fait appel, ensuite, à la police nationale. Il avait connu sa première garde à vue en préfecture parce qu’il accompagnait M. Tastan, libéré et régularisé depuis. Il est militant de la CIMADE et de la FASTI et, dès sa libération, est allé donner son cours d’alphabétisation. Pour l’instant, aucune poursuite n’a été engagée.

Intimidation et criminalisation des soutiens des étrangers, poursuites contre les passagers des avions, menaces contre les élus qui parrainent des sans-papiers, intimidations des travailleurs sociaux et des fonctionnaires des institutions qui éprouvent des scrupules à jouer les délateurs sont pourtant monnaie courante. Autant de faits qui s’ajoutent aux difficultés des Français conjoints d’étranger à vivre en couple.

C’est contre tout cela que les manifestations de ce samedi sont organisées. Une véritable première.

Émilie Rive

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Tag(s) : #Politique
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