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Article paru le 8 mars 2008

L’Humanité des débats

Aides à domicile : des travailleuses pauvres

Par Christelle Avril, sociologue à l’université Paris-VIII.

Femmes : Inégalités au travail

Les services à la personne sont au coeur d’un enjeu de société primordial qui ne va cesser de s’amplifier : la prise en charge des personnes âgées dépendantes. Moins de 30 000 en 1973, elles sont aujourd’hui plus de 200 000 à travailler comme aides à domicile pour personnes âgées. Face à la volonté affichée de professionnalisation de cette activité, la réalité est aujourd’hui tout autre. Ce statut d’emploi, occupé à 99 % par des femmes, a connu une nette dégradation ces vingt dernières années. Dans les années 1970, ces femmes étaient le plus souvent salariées directement par les centres communaux d’action sociale ou par des associations subventionnées par les municipalités. Elles étaient de ce fait inscrites dans des collectifs de travailleuses, pouvaient se rencontrer dans des réunions, prétendre à des déléguées du personnel, à des déléguées syndicales, à des formations…

Elles étaient considérées comme dotées d’une « mission sanitaire et sociale », en passe d’être reconnues comme des travailleuses sociales qualifiées. Dans les années 1980-1990, cette lente amélioration de leur condition salariale est stoppée nets. Plutôt que de continuer à appuyer les structures qui s’efforcent de professionnaliser cet emploi, les gouvernements successifs décident de favoriser l’emploi direct des aides à domicile par les personnes âgées elles-mêmes, par le biais d’allégement de charges et de réductions d’impôt. Il s’agit de se désinvestir d’une politique sociale dont le poids s’annonce croissant. De plus en plus souvent salariées directement par plusieurs employeurs, ces femmes perdent ainsi les avantages et les droits associés aux collectifs de travail. Et le financement de leur formation repose désormais sur les personnes âgées, qui peinent déjà à financer leur salaire. Elles travaillent pour cinq ou six personnes différentes par jour, sur des amplitudes qui avoisinent parfois les douze heures.

Pourtant, 70 % d’entre elles sont à temps partiel. Leur journée de travail est en effet entrecoupée d’heures creuses qui ne leur sont pas rémunérées. Si elles sont directement employées par les personnes âgées, leurs temps de déplacement d’un domicile à l’autre (entre une heure et deux heures par jour) ne leur sont pas non plus payés. Les deux tiers d’entre elles gagnent par conséquent moins de 600 euros mensuels net. Ajoutons à cela que les pénibilités physiques et morales sont importantes, et qu’elles réalisent très souvent un travail de soignante non reconnu. Pas étonnant dans ce cas que les jeunes femmes qui sortent de BEP sanitaire et social, qualifiées pour cet emploi, préfèrent aller travailler en maison de retraite ou dans un tout autre secteur. L’accroissement de cet emploi, brandi par le gouvernement, masque en réalité l’accroissement du nombre de travailleuses pauvres et renforce le blocage de l’évolution des qualifications dans ce secteur.

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Tag(s) : #Société
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