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rticle paru le 8 mars 2008

L’Humanité des débats

« Être stagiaire, c’est avoir un sous-contrat précaire »

Par Leila Chaibi, animatrice du mouvement des stagiaires de Génération précaire, militante de Jeudi noir.

Femmes et inégalités au travail

« Je suis arrivée à Paris il y a deux ans et demi, hébergée par une copine, pour un stage de trois mois payé à 30 % du SMIC. J’ai vécu ce que vivent beaucoup de personnes. Nos parents nous promettaient : tu fais des études et tu auras un boulot, un logement… On a joué le jeu, et j’ai plutôt fait de bonnes études à Sciences Po Toulouse. Mais finalement, quand on arrive à la porte du marché du travail, cela ne se passe pas comme ça. Pour avoir un contrat de travail normal, un logement normal, c’est un vrai parcours du combattant. À la fin des études on se dit : je fais un stage pour compléter ma formation universitaire. Quand il est terminé, on cherche un boulot, mais on ne trouve que des stages. Alors on en accepte un deuxième, puis un autre, et ça peut aller loin… À chaque fois on se dit que c’est le dernier. J’ai fait un an de stages. Le vide juridique fait que les entreprises préfèrent prendre des stagiaires. C’est une main-d’oeuvre qualifiée, encore plus motivée que les salariés parce qu’il y a toujours le rêve d’être embauché à la fin.

Quand j’ai reçu l’appel à la grève des stagiaires, je m’y suis immédiatement reconnue. Comme on n’était pas nombreux, on ne pouvait pas faire de manifestations de masse. Alors, pour se faire remarquer, on s’est incrustés dans la manif du 4 octobre 2005 (1) avec des masques blancs. Cela rendait les choses plus faciles parce qu’il y avait des gens qui n’avaient jamais manifesté auparavant. C’était aussi plus pratique pour chercher du boulot après. Et puis cela symbolisait bien le fait qu’on n’existe pas, qu’on n’a pas de statut, qu’on n’est pas reconnus.

Génération précaire, c’était une très grosse majorité de jeunes femmes. Dans les actions ou les témoignages sur Internet, les trois quarts étaient des femmes. Je ne m’explique pas très bien pourquoi. Peut-être parce que les entreprises qui utilisent le plus de stagiaires sont celles où il y a beaucoup de femmes. Les femmes ont souvent des contrats précaires, mais être stagiaire, c’est avoir un sous-contrat précaire.

Ce que je trouvais intéressant au sein du collectif de Génération précaire, c’était la diversité : des personnes de tout bord politique, des gens qui n’avaient jamais milité. Cela donne de la fraîcheur, des formes de lutte différentes. Vu la tournure du mouvement, on se disait qu’en un mois on allait gagner. Mais on a seulement obtenu que Villepin annonce que les stages de plus de trois mois devaient être rémunérés. Sans fixer le montant. Deux ans et demi après, le décret vient de tomber, c’est 30 % du SMIC. Il me semble que ça légalise le sous-salariat. Et rien n’oblige les entreprises à payer les stages de moins de 3 mois. Donc il y a eu pas mal de déceptions. Mais ça m’a donné de la lucidité. Et le fait de lutter contre ces galères devient supérieur à ces galères elles-mêmes. »

(1) À l’appel de très nombreuses organisations syndicales et politiques, contre le contrat nouvelle embauche (CNE), pour l’emploi, les salaires.

Propos recueillis par J. S.

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Tag(s) : #Société
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