L’Humanité des débats
« Préserver le socle des institutions »
Par Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix (*).
La rupture annoncée pendant la campagne présidentielle s’est manifestée dans les prises de parole répétées de l’actuel chef de l’État sur le fait religieux et la laïcité. Si le président de la République a le droit d’avoir ses croyances propres en tant que citoyen, un peu de discrétion serait bienvenue. Car quand on est chef de l’État, on tient compte des sensibilités de l’ensemble de la nation et de l’ensemble des citoyens.
Il existe de questions métaphysiques et philosophiques, comme celle de distinguer ou non entre une morale laïque et une morale religieuse, dont il n’y a aucune raison de s’interdire de débattre. Au contraire ! Mais c’est aux hommes d’Église, aux Églises présentes au sein de la République et aux citoyens qui n’appartiennent pas à ces Églises de se saisir de ce débat. Ce n’est pas à l’exécutif, encore moins au premier magistrat, de donner le « la » en la matière.
La loi de 1905 a déjà été toilettée sur certains points, plusieurs fois. Le fait de l’amender à nouveau ne doit donc pas poser problème. En revanche, il ne faut pas toucher au socle de nos institutions, à savoir la séparation. Pour la formation des imams, il n’y a pas mieux que de les former sur les deniers publics mais dans les départements concordataires (l’Alsace-Moselle - NDLR). Ces départements sont une anomalie, mais ils existent. Partant, il faut soit mettre fin à l’anomalie ; soit, par souci d’équité, inclure dans le concordat les citoyens de confession islamique. Pour les financements des mosquées et autres, on peut faire appel à des souscriptions nationales, voire internationales transparentes, via la Fondation des oeuvres islamiques. Mais il vaut mieux être prudent quant au fait de modifier, voire de toucher dans son fondement la loi de séparation. Il faut que la loi garantisse la liberté de la foi, aussi longtemps que la foi ne prétend pas dicter la loi. C’est précisément le juste équilibre qui a été trouvé avec la loi de séparation, qui s’est mise en place dans la douleur et n’a malheureusement pas été appliquée dans des départements français où l’islam était présent, notamment en Algérie. Toiletter d’une manière homéopathique, pourquoi pas ? Revenir sur les fondements, non !
(*) Auteur de la Laïcité au regard du Coran. Presses de la Renaissance, 2004.
Propos recueillis par Laurent Etre
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