L’Humanité des débats
Retour du religieux : la laïcité en danger ?
Rappel des faits. Rompant avec les principes de la République, le chef de l’État sort de son rôle de gardien de la laïcité pour afficher son intérêt et sa confiance dans les religions.
L’intérêt que porte Nicolas Sarkozy au fait religieux est ancien. En faisant résonner les mots de sa directrice de cabinet Emmanuelle Mignon dans la basilique de Saint-Jean de Latran, il formulait des idées constitutives de sa « politique de civilisation ». Un concept qui remonte donc aux « racines chrétiennes de l’Europe » et de la France, auxquelles il n’a cessé de faire référence. Oubliée la loi de séparation des Églises et de l’État qui consacre la République laïque. Dans son discours du Vatican, le chef de l’État n’a-t-il pas déclaré que « dans la transmission des valeurs (…) l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur » ? Une hiérarchisation des morales qui a provoqué un tollé. Dans la foulée, la pétition « Sauvegardons la laïcité de la République », lancée par la Ligue de l’enseignement, a recueilli plus de 100 000 signatures…
Ministre de l’Intérieur - et des Cultes -, il a été confessé en 2004 par le père dominicain Philippe Verdin, depuis conseiller à l’Élysée. Le livre né de leurs rencontres, La République, les religions et l’espérance théorise le rôle de régulateur social de la religion :
« Partout en France, et dans les banlieues plus encore, qui concentrent toutes les désespérances, il est bien préférable que des jeunes puissent espérer spirituellement plutôt que d’avoir dans la tête, comme seule "religion", celle de la violence, de la drogue ou de l’argent », écrivait Nicolas Sarkozy. Afin de mener à bien cette réhabilitation, le chef de l’État envisage de « toiletter » la loi de séparation de l’Église et de l’État. « Ce sera fait durant le quinquennat », espère Emmanuelle Mignon. Toucher aux grands équilibres fixés par la loi de 1905 est risqué, selon les religions elles-mêmes, favorables à un « statu quo » protecteur. Mais peut-être n’est-ce pas à elles que le toilettage de la loi décidé par l’ami de Tom Cruise, numéro deux de la Scientologie, est censé profiter.
Grégory Marin
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