Coquette indemnité de départ pour Gautier-Sauvagnac
Président de l’UNEDIC, Denis Gautier-Sauvagnac ne manquait pas une occasion de juger les allocations chômage trop généreuses. Chef de file du MEDEF dans les négociations sur la « modernisation du marché du travail », il fut un fervent partisan de « l’assouplissement » des procédures de licenciement. Démissionnaire de son poste de président, en décembre dernier, avant sa mise en examen, le 15 janvier, pour « abus de confiance, recel d’abus de confiance et travail dissimulé », il s’est en revanche assuré un joli parachute : une indemnité de 1,5 million d’euros, révélée par l’hebdomadaire Marianne, et dont l’UIMM a confirmé, jeudi, le versement. Mieux : Gautier-Sauvagnac, poursuivi après la découverte de retraits de 20 millions d’euros en liquide entre 2000 et 2007 sur les comptes de son organisation, a négocié la prise en charge, par l’UIMM, d’une éventuelle condamnation financière. L’UIMM a admis, sur ce point, l’existence d’un accord sur les « éventuelles conséquences fiscales » de l’affaire. Ce curieux marché, dont la conclusion n’a pas été portée à la connaissance du juge d’instruction Roger Le Loire en charge de l’affaire Gautier-Sauvagnac, a déclenché, à gauche, une avalanche de réactions indignées. Le Parti socialiste a demandé au gouvernement « d’annuler cet accord ». « Il y a décidément quelque chose de pourri dans le royaume du MEDEF », a réagi le PCF, en ironisant sur les appels à la « transparence » de la présidente du MEDEF, Laurence Parisot. Les Verts, eux, ont fait le calcul : le montant de la coquette indemnité correspond à « plus d’un siècle de SMIC ». Dénonçant « un système opaque mis en place par l’organisation patronale », la CGT se demande, de son côté, s’il faut « frauder plus pour gagner plus ».
Alors que la « piste politique » refait surface du fait d’importants retraits effectués par Gautier-Sauvagnac sur les comptes de l’UIMM au moment des élections présidentielles de 2002 et 2007, l’eurodéputé socialiste Benoît Hamon a estimé sur LCI que l’indemnité de départ accordée à l’ancien dirigeant patronal servait rien de moins qu’à « acheter son silence ». L’insinuation a immédiatement fait son effet, semant la panique au MEDEF. La confortable indemnité consentie à Gautier-Sauvagnac l’a été au titre de sa mise « à la retraite » et ne vise aucune « volonté de silence » s’est péniblement défendu a Frédéric Saint-Geours, le nouveau président de l’UIMM. Pressée, en décembre, de tourner la page d’une affaire plus qu’embarassante, la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, voit la coûteuse mise à la porte de Gautier-Sauvagnac lui revenir en pleine figure, comme un boomerang. Face au tollé, elle a précipitamment écourté, hier, ses vacances, et promis de « prendre les décisions qui s’imposeront ». C’est que, dans un contexte de tensions sociales liées au blocage des salaires, la publicité autour de cette indemnité promet d’avoir des effets explosifs dans l’opinion. Au-delà du MEDEF, cette affaire dans l’affaire suscite d’ailleurs l’embarras jusqu’aà la tête de l’État. « Je ne suis pas à l’UIMM, je n’ai pas d’informations précises à ce sujet. Je crois que ce qui est important dans ce domaine, c’est que la justice fasse son travail », a sobrement commenté, hier, François Fillon. Avant de concéder, du bout des lèvres : « Naturellement, s’il doit y avoir des sanctions, j’imagine que ces questions d’indemnités de départ seront revues. »
Rosa Moussaoui
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