enquête
La mort comme échappatoire
La capitale de l’Andra Pradesh, que les médias indiens ont renommée « Cyberabad », dispute à Bengalore sa place dans la compétition indienne et internationale de haute technologie. Mais, alors que 72 % du budget alloué par l’État à Hyderabad vont au parc technologique Hitech City et que 8 % du budget de l’Andhra Pradesh sont dédiés à l’entretien et la mise à jour des infrastructures, la baisse constante des investissements dans les campagnes et la déréglementation des marchés agricoles ont contribué à l’augmentation de la misère sociale de la population rurale.
Cet État de soixante-dix-sept millions d’habitants a enregistré un taux de suicide de paysans parmi les plus élevés du pays. Entre l’année 1997 et le mois de janvier 2006, plus de neuf mille paysans ont mis fin à leurs jours en raison des mauvaises récoltes cotonnières.
Avant 1991, 25 % des paysans indiens étaient endettés. Selon des chiffres avancés la semaine dernière par le quotidien Hindustan Times, 82 % des fermiers de l’Andhra Pradesh sont endettés. Pour Kodanda Ram, professeur en sciences politiques à l’université Osmania d’Hyderabad, les impératifs de la Banque mondiale ont eu pour conséquence une baisse constante des crédits ruraux accordés par les banques gouvernementales et les associations coopératives aux petits et moyens paysans.
Les crédits ont chuté de 15,9 % en juin 1990, à 9,8 % en mars 2003, forçant les petits et moyens paysans à recourir à des prêteurs individuels à des taux d’intérêt exorbitants, de 40 % ou plus par an. « Poussés depuis des années à investir pour s’équiper, ils se sont endettés pour passer des cultures vivrières à la monoculture du riz ou du coton, quitte à devenir totalement dépendants des firmes agroalimentaires qui leur vendent semences, engrais et produits de traitement. »
À l’échelle nationale, le ministre indien de l’Agriculture a reconnu les chiffres suivants : entre 1993 et 2003, cent mille suicides de paysans ont eu lieu. Et entre 2003 et octobre 2006, on en a compté seize mille chaque année. En tout, entre 1993 et 2006, environ cent cinquante mille suicides.
D. B.
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)