Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Société - Article paru le 6 février 2008 dans l'Hmanité

RMI, le décret de la honte

Minima sociaux . Sous couvert de lutte contre la fraude, un décret passé le 30 janvier dernier permet de contrôler le train de vie des plus démunis.

Un décret déposé dans la plus grande discrétion, le 30 janvier dernier, par le ministère du Budget, déclenche la colère de l’ensemble des associations de chômeurs, mais aussi de Droit au logement (DAL), du Collectif national pour les droits des femmes… Réunis hier au Ministère de la crise du logement, rue de la Bourse à Paris, tous dénoncent la perversité de ce décret « relatif aux modalités d’évaluation des biens et des éléments de train de vie des personnes éligibles aux minima sociaux ». En clair, pour mieux lutter contre la fraude, le train de vie des allocataires des minima sociaux est désormais pris en compte pour l’octroi du RMI mais aussi pour certaines prestations familiales et, bien sûr, pour la CMU.

Parmi les éléments de train de vie, la Caisse d’allocation familiale aura pour mission d’évaluer la valeur de propriétés, bâties ou non bâties, c’est-à-dire un logement ou un terrain dont pourrait « jouir » un allocataire. « Automobiles, bateaux de plaisance, motocyclettes, mais aussi appareils électroménagers, équipements son-hifi-vidéo, matériels informatiques, voyages, séjours en hôtels et locations saisonnières, clubs de sport, objets d’art… », tout sera passé au crible. Et le cas échéant, « le droit au RMI remis en cause, lorsque le montant de l’évaluation est supérieur ou égal à la moitié du montant annuel du RMI ».

« C’est un changement historique important de la politique sociale de ce pays », - affirme Guy-Henri Plessis, membre du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP). Un pas de plus dans la voie de la criminalisation de la pauvreté. Après les chômeurs fraudeurs, c’est au tour des érémistes fraudeurs. « Et quoi après ? On s’attaque aux plus fragiles… », s’indigne Daniel Couy, de l’Association pour l’emploi, l’information et la solidarité. Une façon de plus de réduire les dépenses de l’État au détriment des minima sociaux. « Beaucoup de cadres qui se sont retrouvés brutalement au chômage, puis au RMI, ont un patrimoine. Et que dire de ceux qui héritent de leurs parents, qui seront sans doute poussés à vendre leurs biens pour pouvoir vivre, faute de RMI ? Nous allons tenter de voir si nous pouvons contrer juridiquement ce décret en le mettant entre les mains d’avocats », précise Catherine Cantier, de AC ! Agir contre le chômage.

Ce décret passe d’autant plus mal que, depuis décembre dernier, le Grenelle de l’insertion se réunit régulièrement. « Comment favoriser l’insertion professionnelle quand l’insertion sociale est rendue impossible ? », peut-on lire dans le communiqué commun des associations. « Ce type de mesure condamne des gens pauvres, en situation de précarité, à la misère, c’est inacceptable », précise pour sa part Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL.

Maud Dugrand

Publicité
Tag(s) : #Société
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :