l’Humanité des débats. Enseignement de l’économie
Faut-il refondre l’enseignement de l’économie ?
Rappel des faits
Récurrente, la polémique sur l’enseignement des Sciences économiques et sociales (SES) au lycée, notamment de ses manuels scolaires, rejaillit.
Xavier Darcos a annoncé, la semaine dernière, le lancement d’un audit portant sur les manuels et les programmes de SES. Les acteurs libéraux leur reprochent, en substance, de véhiculer une vision négative de l’entreprise et de faire la part belle à une pensée étatique. Ce n’est pas la première fois que l’enseignement de cette discipline se voit remis en cause. Fin 2007, l’ancien premier ministre socialiste Michel Rocard, dans le cadre de la commission Pochard sur la revalorisation du métier d’enseignant, qualifiait l’enseignement des SES de « catastrophe ambulante ». En août, Xavier Darcos, dans Paris Match, jugeait la filière économique et sociale (ES) « sans débouchés évidents », estimant qu’elle « attire beaucoup d’élèves qui occupent ensuite de grands amphis mais se retrouvent avec des diplômes de droit, psychologie, sociologie… sans toujours un emploi à la clé ».
Jugeant cet enseignement peu concret, le monde libéral plaide de longue date en faveur de son rapprochement avec les entreprises. En 2006, le MEDEF sollicitait une révision des manuels et une initiation à l’entreprise dès le plus jeune âge. Déplorant son approche « teintée de marxisme », les plus radicaux demandent à participer à l’élaboration des programmes scolaires.
Des exigences qui ne restent pas sans échos. Depuis janvier 2002, des stages de neuf semaines sont proposés, chaque année, à une quarantaine d’enseignants de SES dans les sièges sociaux de grands groupes. Et cette semaine, la commission Attali préconisait d’enseigner l’économie dès le primaire et de l’inclure au socle des fondamentaux.
Reste, au-delà de cette OPA libérale, une question primordiale : celle relative à la difficulté d’enseigner une discipline complexe à des adolescents. Science imparfaite, elle nécessite la manipulation d’idéologies opposées, dont la confrontation est évidemment conflictuelle. L’enseignement des sciences économiques et sociales doit-il être refondé et dans quelles proportions ? C’est la question que nous avons posée à nos intervenants.
Marie-Noëlle Bertrand
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