Des textes de référence sur le système colonial qui font toujours actualité
Penser l’Afrique, ouvrage collectif,
Éditions Le Temps des cerises/La Pensée,
2007. 220 pages, 12 euros.
Troisième ouvrage de la collection éditée par Le Temps des cerises, en collaboration avec la revue la Pensée, les deux premiers étant consacrés respectivement à Rousseau et Althusser, ce livre regroupe des études publiées entre 1960 et 1997, textes, donc, déjà anciens, mais qui n’ont nullement perdu leur caractère d’actualité. Témoin celui de Jean Bruhat, rédigé en pleine période de guerre d’Algérie, sur le Colonialisme et l’anticolonialisme au temps de Robespierre, qui garde sa valeur décapante après certaine loi UMP de février 2005 glorifiant le « rôle positif » de la domination française sur l’outre-mer. Autres auteurs reproduits : Jean Suret-Canale
(les Grandes Concessions au Congo français
au début du XXe siècle), militant récemment disparu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, auquel ce volume rend hommage. Catherine Coquery-Vidrovitch faisant émerger
un « mode de production africain » irréductible
au schéma marxiste classique sur le mode
de production asiatique comme aux formes précapitalistes connues en Occident. Samou Pathé Guèye : quel avenir pour une Afrique qui, après l’effondrement du camp socialiste, se trouve livrée aux diktats des « plans d’ajustement structurels » imposés par les institutions financières internationales ? Yves Benot revenait, quant à lui, sur les affrontements d’idées ayant agité le continent au lendemain
des indépendances (Négritude, socialisme africain et réalisme). Datant de 1991, le texte
de Marcel Amondji (la Côte d’Ivoire en crise)
éclaire les effets pervers du « miracle ivoirien »
à la sauce houphouétiste, livrant
le pays aux intérêts de l’ex-métropole
et le menant ainsi dans une impasse économique et sociale qui prit, par la suite, tournure dramatique. Enfin Pierre Haffner aborde
une dimension généralement ignorée du combat culturel africain contemporain, celui d’un cinéma cherchant sa voie dans des conditions de vulnérabilité qui font de lui un « cinéma hors la loi ».
Produites au fil du temps sur des sujets différents, ces contributions n’en constituent pas moins un ensemble cohérent. Ainsi que le souligne Roger Botte dans sa préface, « ce qu’elles analysent permet de mieux saisir la manière dont l’héritage colonial, ses stéréotypes discriminatoires toujours actuels affectent la société contemporaine ». Et dont la dernière étape fut la lamentable démonstration de cuistrerie raciste à laquelle s’est livré Nicolas Sarkozy devant l’université de Dakar.
Jean Chatain
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