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ribune libre - Article paru le 26 janvier 2008

l’Humanité des débats Enseignement de l’économie

« La qualité des enseignants s’est considérablement accrue »

Par Jean-Paul Fitoussi, professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris (IEP) et secrétaire général de l’Association internationale des sciences économiques.

Le reproche le plus radical entendu à l’égard de l’enseignement de l’économie cible son penchant pour l’analyse marxiste de la société…

Jean-Paul Fitoussi. Je ne pense pas que cet enseignement soit marxiste ou néolibéral. On doit y trouver les deux. Je suis persuadé qu’il existe chez les enseignants un spectre de vision aussi vaste que dans la société. Cela dit, cette affirmation montre la difficulté d’enseigner les sciences économiques à de jeunes élèves. À la différence des sciences exactes, elles sont des lieux de débats. L’affrontement entre les doctrines y joue un rôle important. La question est de savoir si les lycéens ont la maturité suffisante pour prendre leurs distances. Moi-même, j’ai changé d’opinion. Il fut un temps où je pensais qu’il ne valait mieux pas enseigner l’économie dans le secondaire. J’estime aujourd’hui que la formation du citoyen implique que les jeunes maîtrisent tous les langages. Le grand défi est de le faire sans les manipuler. Je pense toujours qu’ils sont trop jeunes. Mais je crois que l’on peut régler cette contradiction en limitant le champ des enseignements. En commençant par transmettre ce que j’appelle la grammaire, le langage de l’économie. Autrement dit, une boîte à outils utile à tous pour comprendre la discipline.

La commission Attali propose de commencer dès le primaire…

Jean-Paul Fitoussi. Et pourquoi pas dès la maternelle ? Je crois qu’il y a un temps pour tout. On n’enseigne pas le droit dès l’école primaire…

Cet enseignement peut-il être impartial ?

Jean-Paul Fitoussi. L’impartialité absolue est impossible. C’est vrai pour le français ou l’histoire, peut-être même pour les sciences exactes. On peut, en revanche, la viser. Encore une fois, cela relève de la définition de ce qu’il est convenu d’enseigner. Un langage ? Ou des visions socio-économiques évidemment conflictuelles. Les programmes actuels pèchent par leur immensité. Ils sont trop vastes. Les élèves sont déroutés, d’autant plus lorsqu’ils passent dans le supérieur. Il faut qu’ils commencent par maîtriser les outils d’analyse pour se forger leur opinion. Pour ne pas subir des vérités assénées.

Les sciences économiques peuvent-elles devenir une arme politique ?

Jean-Paul Fitoussi. Bien sûr. Toute science sociale est déstabilisante, dans la mesure où elle permet de mieux comprendre la société. L’économie est un lieu de conflit entre plusieurs parties.

L’idée d’associer le monde de l’entreprise à la rédaction des programmes est également mise en débat…

Jean-Paul Fitoussi. C’est un autre sujet. Les entreprises peuvent-elles agir sur les programmes ? Ou est-ce à la société, représentée par l’État et le ministère, de définir les éléments de langage commun aux jeunes. Et si les entreprises ont un droit de regard, pourquoi pas les autres acteurs sociaux ? Mais on prend alors la direction d’un forum d’affrontements idéologiques étrangers à la pédagogie. Il existe des professionnels : ce sont les enseignants du secondaire et du supérieur. Sauf à nier leurs compétences, il faut s’en remettre à eux.

En conclusion, faut-il refondre l’enseignement de l’économie ?

Jean-Paul Fitoussi. Deux constats : d’abord, la qualité des enseignants d’économie dans le secondaire s’est considérablement accrue. Le corps professoral domine la discipline. Par ailleurs, je crois qu’eux-mêmes sont confrontés à la difficulté de propager un savoir approximatif. Au vu de l’étendue des programmes, ils ne peuvent creuser aucun sujet. Il faut donc redéfinir les programmes et s’entendre sur les outils, les concepts et la grammaire de base qu’il convient d’enseigner. Dès lors, je pense que le problème sera résolu et que les sections économiques pourront devenir des sections nobles.

Entretien réalisé par M.-N. B.

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Tag(s) : #Education
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