« Le communisme, un altermondialisme »
Politique
« Le communisme, un altermondialisme »
Abbeville (Somme), Envoyé spécial
« Peut-on encore changer la société, à l’heure du capitalisme mondialisé ? » Le député européen Francis Wurtz, qui préside le groupe parlementaire de la Gauche unitaire européenne, a posé les termes du débat, vendredi soir, devant plus d’une centaine de personnes venues réfléchir ensemble à l’invitation du Parti communiste à Abbeville, dans la Somme, étape picarde dans la série de réunions thématiques que ce parti organise avant son assemblée nationale de militants, convoquée le week-end prochain à Paris. La mondialisation est une question clé pour la gauche, car elle constitue le principal argument que les tenants du libéralisme opposent à toute démarche de transformation sociale. Tous les acquis sociaux doivent être revus à la baisse pour s’inscrire dans la concurrence mondiale. Patrice Cohen-Séat, membre de l’exécutif national du PCF, observait que la gauche n’a pas jusqu’alors su contrer cette argumentation. Les délocalisations, qui laissent des territoires entiers en état de désertification industrielle, sont présentées comme le douloureux mais nécessaire tribut à payer - pour les salariés exclusivement - afin de résister à la concurrence. Bien des exemples montrent qu’il s’agit souvent de mystifications. Ainsi, a relevé Patrice Cohen-Séat, SEB a délocalisé en Chine, bien que la société gagnât de l’argent en France, mais c’est le taux de profit réclamé par les actionnaires qui est le principal facteur pris en considération. Dans tous ces conflits, les syndicats se battent souvent dos au mur pour obtenir le plan social le moins mauvais possible. Mais tant que dans l’opinion publique continuera à s’imposer l’idée que la compétition économique implique fatalement ce genre de dommages collatéraux, il n’y aura pas de résistance à la hauteur des enjeux.
C’est que l’opinion, y compris à gauche, devait constater l’économiste Jacques Cossart d’ATTAC, est influencée par l’idéologie dominante. Les « contraintes » invoquées par les néolibéraux ne sont que les exigences des propriétaires du capital. Ils jettent actuellement leur dévolu sur les services, qui prennent une part croissante dans l’économie. Ce qui explique, a fait observer Jacques Cossart, la frénésie de libéralisations et de privatisations des services publics actuellement à l’oeuvre en Europe.
Il y a urgence à expliquer que la mondialisation peut avoir devant elle d’autres horizons que celui du capitalisme financier. « La fin de l’histoire, cela n’existe pas. Le mouvement des peuples pour vivre mieux ne s’arrête pas », soulignera Francis Wurtz, citant les évolutions politiques en Amérique latine, ancienne « arrière-cour » des États-Unis, où la CIA faisait et défaisait les dictateurs. Il est possible de construire un autre monde, « sortir du monde de la compétition pour entrer dans le monde de la coopération », résumait Jacques Cossart. Illustration par Airbus détaillée par Xavier Petracchi, délégué central CGT de l’avionneur européen. Il explique que l’argument du déséquilibre euro-dollar, qui serait responsable des difficultés de l’entreprise, cache le fait que les actionnaires ne veulent pas réduire leurs profits. Conséquence, la direction veut augmenter de 50 % les fournitures produites dans des pays à bas coûts salariaux. On veut vendre les sites de Méhault (Somme) et de Saint-Nazaire. « La logique industrielle et la coopération européenne ont cédé le pas derrière la finalité financière. »
La mondialisation capitaliste n’est pas l’ordre naturel du monde, a expliqué Francis Wurtz, « elle résulte de décisions politiques concrètes prises par des dirigeants connus. L’orientation imprimée à la politique européenne participe de cette mondialisation capitaliste ». Et de citer l’interdiction, qui date du traité de Maastricht (1993), faite aux gouvernements et aux élus de donner des consignes à la Banque centrale européenne. La liberté de circulation des capitaux, inscrite dans le traité de Rome dès 1957, n’a été réalisée qu’en 1990. Les décisions prises peuvent être changées. L’histoire récente a montré qu’un peuple pouvait s’investir dans l’examen d’un projet politique, bousculer la donne et toutes les attentes des dirigeants européens. C’est la signification du mouvement qui s’est créé en France lors de la campagne référendaire de 2005. Une grande leçon de démocratie et de souveraineté populaire, que Nicolas Sarkozy veut effacer et piétiner. De nombreux participants dans la salle ont soutenu l’idée de mener une grande campagne d’explication du nouveau traité et de faire monter l’exigence d’un référendum. En opposition avec la position de la direction nationale du PS, des militants socialistes d’Abbeville ont rappelé leur opposition au TCE et à sa copie conforme qu’est le traité prétendument simplifié.
« Le communisme est un altermondialisme, ou vice versa. » Formule lancée par un jeune homme. Le communisme du XXIe siècle doit penser monde. Opinion à l’évidence partagée par Patrice Cohen-Séat, pour qui « le communisme a l’ambition de mettre fin aux ravages que le capitalisme provoque sur la planète. Le monde s’est transformé et la gauche, qui s’est construite dans le cadre national, a pris du retard ». Les peuples se remettent en mouvement, l’altermondialisme exprime une aspiration à lutter au niveau mondial. Le Parti communiste doit se transformer pour répondre aux espérances et mener un combat citoyen, pas à l’ancienne, précise Patrice Cohen-Séat.
Le chantier est immense, mais il est nécessaire, ont réclamé des intervenants, d’avancer des propositions concrètes. Dans le cadre d’une mondialisation progressiste, il faut introduire des critères sociaux dans les échanges internationaux, par exemple au niveau de l’UE, conditionner les importations en provenance de pays tiers au respect de droits sociaux ; donner à la BCE la mission de favoriser par une politique de crédits adaptés le développement économique et l’emploi ; démilitariser les relations internationales gagnées depuis plusieurs années par la banalisation de la guerre. Un autre monde, une autre mondialisation est possible, cela ne doit pas rester un slogan.
Jean-Paul Piérot
Abbeville (Somme), Envoyé spécial
« Peut-on encore changer la société, à l’heure du capitalisme mondialisé ? » Le député européen Francis Wurtz, qui préside le groupe parlementaire de la Gauche unitaire européenne, a posé les termes du débat, vendredi soir, devant plus d’une centaine de personnes venues réfléchir ensemble à l’invitation du Parti communiste à Abbeville, dans la Somme, étape picarde dans la série de réunions thématiques que ce parti organise avant son assemblée nationale de militants, convoquée le week-end prochain à Paris. La mondialisation est une question clé pour la gauche, car elle constitue le principal argument que les tenants du libéralisme opposent à toute démarche de transformation sociale. Tous les acquis sociaux doivent être revus à la baisse pour s’inscrire dans la concurrence mondiale. Patrice Cohen-Séat, membre de l’exécutif national du PCF, observait que la gauche n’a pas jusqu’alors su contrer cette argumentation. Les délocalisations, qui laissent des territoires entiers en état de désertification industrielle, sont présentées comme le douloureux mais nécessaire tribut à payer - pour les salariés exclusivement - afin de résister à la concurrence. Bien des exemples montrent qu’il s’agit souvent de mystifications. Ainsi, a relevé Patrice Cohen-Séat, SEB a délocalisé en Chine, bien que la société gagnât de l’argent en France, mais c’est le taux de profit réclamé par les actionnaires qui est le principal facteur pris en considération. Dans tous ces conflits, les syndicats se battent souvent dos au mur pour obtenir le plan social le moins mauvais possible. Mais tant que dans l’opinion publique continuera à s’imposer l’idée que la compétition économique implique fatalement ce genre de dommages collatéraux, il n’y aura pas de résistance à la hauteur des enjeux.
C’est que l’opinion, y compris à gauche, devait constater l’économiste Jacques Cossart d’ATTAC, est influencée par l’idéologie dominante. Les « contraintes » invoquées par les néolibéraux ne sont que les exigences des propriétaires du capital. Ils jettent actuellement leur dévolu sur les services, qui prennent une part croissante dans l’économie. Ce qui explique, a fait observer Jacques Cossart, la frénésie de libéralisations et de privatisations des services publics actuellement à l’oeuvre en Europe.
Il y a urgence à expliquer que la mondialisation peut avoir devant elle d’autres horizons que celui du capitalisme financier. « La fin de l’histoire, cela n’existe pas. Le mouvement des peuples pour vivre mieux ne s’arrête pas », soulignera Francis Wurtz, citant les évolutions politiques en Amérique latine, ancienne « arrière-cour » des États-Unis, où la CIA faisait et défaisait les dictateurs. Il est possible de construire un autre monde, « sortir du monde de la compétition pour entrer dans le monde de la coopération », résumait Jacques Cossart. Illustration par Airbus détaillée par Xavier Petracchi, délégué central CGT de l’avionneur européen. Il explique que l’argument du déséquilibre euro-dollar, qui serait responsable des difficultés de l’entreprise, cache le fait que les actionnaires ne veulent pas réduire leurs profits. Conséquence, la direction veut augmenter de 50 % les fournitures produites dans des pays à bas coûts salariaux. On veut vendre les sites de Méhault (Somme) et de Saint-Nazaire. « La logique industrielle et la coopération européenne ont cédé le pas derrière la finalité financière. »
La mondialisation capitaliste n’est pas l’ordre naturel du monde, a expliqué Francis Wurtz, « elle résulte de décisions politiques concrètes prises par des dirigeants connus. L’orientation imprimée à la politique européenne participe de cette mondialisation capitaliste ». Et de citer l’interdiction, qui date du traité de Maastricht (1993), faite aux gouvernements et aux élus de donner des consignes à la Banque centrale européenne. La liberté de circulation des capitaux, inscrite dans le traité de Rome dès 1957, n’a été réalisée qu’en 1990. Les décisions prises peuvent être changées. L’histoire récente a montré qu’un peuple pouvait s’investir dans l’examen d’un projet politique, bousculer la donne et toutes les attentes des dirigeants européens. C’est la signification du mouvement qui s’est créé en France lors de la campagne référendaire de 2005. Une grande leçon de démocratie et de souveraineté populaire, que Nicolas Sarkozy veut effacer et piétiner. De nombreux participants dans la salle ont soutenu l’idée de mener une grande campagne d’explication du nouveau traité et de faire monter l’exigence d’un référendum. En opposition avec la position de la direction nationale du PS, des militants socialistes d’Abbeville ont rappelé leur opposition au TCE et à sa copie conforme qu’est le traité prétendument simplifié.
« Le communisme est un altermondialisme, ou vice versa. » Formule lancée par un jeune homme. Le communisme du XXIe siècle doit penser monde. Opinion à l’évidence partagée par Patrice Cohen-Séat, pour qui « le communisme a l’ambition de mettre fin aux ravages que le capitalisme provoque sur la planète. Le monde s’est transformé et la gauche, qui s’est construite dans le cadre national, a pris du retard ». Les peuples se remettent en mouvement, l’altermondialisme exprime une aspiration à lutter au niveau mondial. Le Parti communiste doit se transformer pour répondre aux espérances et mener un combat citoyen, pas à l’ancienne, précise Patrice Cohen-Séat.
Le chantier est immense, mais il est nécessaire, ont réclamé des intervenants, d’avancer des propositions concrètes. Dans le cadre d’une mondialisation progressiste, il faut introduire des critères sociaux dans les échanges internationaux, par exemple au niveau de l’UE, conditionner les importations en provenance de pays tiers au respect de droits sociaux ; donner à la BCE la mission de favoriser par une politique de crédits adaptés le développement économique et l’emploi ; démilitariser les relations internationales gagnées depuis plusieurs années par la banalisation de la guerre. Un autre monde, une autre mondialisation est possible, cela ne doit pas rester un slogan.
Jean-Paul Piérot
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