jeudi 13 décembre 2007
Samedi 8 décembre, L’Humanité titrait « Le devoir d’invention ». C’est à la mesure de ce défi qu’il faut apprécier « l’avant » et « l’après » Assemblée Extraordinaire. Pas seulement un défi pour l’ « existence » du PCF : le PCF n’est pas un but « en soi » et encore moins « pour soi ». Le défi est de devoir « repenser le changement » face à un « capitalisme mondialisé, financiarisé, militarisé et productiviste ». Pour ce « dépassement du capitalisme jusqu’au bout », le choix très largement partagé n’est pas de « renoncer au communisme » mais d’initier une identité communiste de notre temps, repensant à la fois la visée, les cheminements et l’organisation pour la porter.
Des points d’appui pour 2008 et au delà
Des communistes qui ne renoncent pas au dépassement de toutes les exploitations et de toutes les dominations : c’est évidement absolument essentiel face à la dégénérescence d’une partie de la gauche en vague mouvance démocrate.
La volonté de « reprise d’initiative politique des communistes » pour amplifier les résistances à la droite et ouvrir de nouvelles perspectives. Le processus long et inédit de préparation extraordinaire d’un Congrès fin 2008, ne signifie en aucun cas « cocogiter » dans son coin en circuit fermé, ou une « année blanche » pour le PCF. L’énoncé de certaines campagnes politiques à engager, de « L’Europe » à « la protection sociale », en témoigne. De même que la volonté de « développer et d’expérimenter des convergences, des coopérations originales (…) nouvelles dynamiques politiques et citoyennes à vocation majoritaire ».
La soif de débat, d’une prise de parole, de dire à la fois ses inquiétudes, ses critiques, et certaines furent sans ménagements vis-à-vis de la direction nationale. Expressions à la fois de convictions et de nombreuses questions, de souffrances parfois trop longtemps retenues ou non prises en compte. La volonté, large, de construire un « en commun » réellement nouveau, de laisser le débat se déployer et s’approfondir. En ce sens, en partant des questionnements exprimés, cette préparation de Congrès est déjà différente des autres.
Un projet de mandat largement réécrit. Le projet préparé par le CN était à la fois « verbeux » et surtout, [involontairement ou volontairement ?] confus sur ce qui relevait du rassemblement d’une part et du parti d’autre part.
Tels qu’ils étaient initialement proposés les points 4 et 5 du projet de mandat laissaient planer une ambiguïté lourde sur ce qui pouvait être « expérimenté » en 2008, s’agissait il seulement d’explorer toutes les voies et formes possibles et nouvelles de rassemblement, ou bien cela incluait-il la possibilité d’expérimenter, voire d’anticiper, sur des formes d’une nouvelle « force politique » ou d’un « nouveau parti ».
Le mérite de la nouvelle rédaction du mandat et des débats menés, est triple :
il est clair sur l’appel à expérimenter et construire des « fronts », des « convergences », des rassemblements »…..
cet appel ne donne ni « chèque en blanc », ni mandat pour anticiper sur la création d’une nouvelle « force » ou « organisation » ou « parti » politique
qui mettrait ensuite la préparation du Congrès devant le fait accompli. C’était essentiel pour une grande partie des délégués et pour rétablir le « courant » entre les délégués et
la direction nationale.
laisser clairement ouvertes toutes les hypothèses pour le débat qui doit s’approfondir en vue du Congrès
Des limites à bousculer
Dans le même temps, le déroulement de l’Assemblée permet de mieux cerner des freins à bousculer. Certains, à l’intérieur du PCF, [mais aussi les médias], ont voulu enfermer le débat dans un dilemme « maintient » ou « dissolution » du PCF. Débat en « blanc ou noir », incapable de rendre compte des réalités auxquelles nous sommes confrontées.
Certes des propositions politiques parlant de « créer une nouvelle force », voire de fondre le PCF dans une nouvelle structure, ont été émises depuis juin, pensons aux contributions de JC.Gayssot, aux appels tel que « Maintenant A Gauche » par exemple, et elles n’ont pas été sans largement inquiéter.
Je donne mon point de vue : je ne partage absolument pas ces propositions mais je pense qu’on n’y répond pas efficacement en jouant sur les peurs, en prétendant interdire « d’explorer toutes les hypothèses » ou par un préalable de « maintenir » le PCF comme certains l’énonçaient. L’Assemblée, sur proposition de Marie George Buffet, ne s’y est d’ailleurs pas laissée aller.(1) On ne peut y répondre efficacement qu’en relevant le défi de « révolutionner » le PCF, d’y changer tout ce qu’il faut y changer, et de laisser le débat pleinement se déployer. Clairement écrit : certains défenseurs du « maintien » du PCF feraient parfois désespérer des potentialités du PCF à se « révolutionner » lui-même et donnent plutôt des arguments à celles et ceux qui invitent à son dépassement.
Il est par ailleurs significatif que lorsque le débat reste confiné en « pour » ou « contre » telle ou telle hypothèse de devenir du PCF, il stagne souvent dans la répétition figée de points de vue émis dès juin dernier ( que ce soit par Y.Dimicoli, R.Martelli, JC.Gayssot, N.Marchand, D.Cirera….). A l’inverse dès que le débat s’empare des défis de projets, (mondialisation, unité du salariat, dépasser le productivisme, conception du changement et de la transformation sociale,….), il oblige en dynamique à revisiter les questions des rassemblements à construire et des transformations à opérer au PCF. Avec à la fois audace et réalisme. Pour mettre « en phase » un projet de notre époque avec les démarches et les moyens politiques pour en ouvrir le chemin. Si nous voulons avancer d’ici fin 2008, faire œuvre utile, ces « débats thématiques » préparatoires, et aussi certains invités à l’Assemblée Extraordinaire, nous ont montré le chemin pour réellement construire un « en commun » nouveau.
Des audaces à investir
Le champ du projet communiste : celui ci n’étant pas conçu comme seulement un « texte » à produire, mais comme une ambition à incarner, à faire vivre, partager, donc des idées et des valeurs, mais également des pratiques à développer, à tous les niveaux. Avec l’ensemble des obstacles à affronter pour rendre force et crédibilité à cet idéal d’émancipation humaine.
Celui des rassemblements à construire. De ce point de vue l’intervention de clôture de Marie George Buffet est riche de propositions et il me semble que l’Assemblée elle-même a été en deçà des possibles. Invitant à travailler « à l’unité des dominés », (…) par des rassemblements (….) qui se construisent en fonction des enjeux (…) », à réfléchir à « une grande initiative politique pour appeler à des fronts citoyens et populaires », citant un premier thème « l’Europe », invitant à « démultiplier, élargir ces fronts jusqu’à construire une majorité politique ». De permettre à « des femmes et des hommes isolés, divisés, de se rassembler en mêlant en toute occasion audace et réalisme, inventivité et concret, souhaitable et possible ». Ce qui croise la tradition historique du PCF pour redevenir « un grand parti national, porteur de grand rassemblement populaire ». Le PCF n’est pas simplement un « parti communiste », [certain dans le monde sont des sectes !], il n’est grand que lorsqu’il porte des initiatives historiques de rassemblement, de longue portée, s’adressant au peuple entier, pour aider à construire un avenir meilleur. C’est cela la « tradition thorézienne » dans ce qu’elle a de meilleur. C’est cela qu’il faut dans les conditions d’aujourd’hui entièrement repenser, mais sans en rabattre sur l’ambition concrète.
Celui du parti politique. Si toutes les hypothèses sont ouvertes quant à l’avenir à long terme, dans le paysage politique d’aujourd’hui, le PCF demeure, comme collectif militant et comme repère, indispensable. Tout ce qui participera de sa revitalisation en 2008, non seulement sera positif pour les forces de transformation sociale, mais pour préparer l’avenir. En mobilisant tous ses potentiels pour travailler de façon ouverte, confiante et innovante, à se « révolutionner », les communistes engageront un effort sur eux même bien plus exigeant que simplement « continuer d’exister » ou de se laisser aller à la facilité de se « dissoudre » dans on ne sait quelle nouvelle force.
J’ai trouvé d’ailleurs que le discours de clôture de Marie George Buffet posait de façon plus dynamique ces enjeux. A en regretter que la problématique n’ait pas été posée en ces termes dès l’ouverture.
Jean Paul Duparc
(1) Si j’ai beaucoup apprécié l’implication de Marie George Buffet dans le débat, cette implication , -y compris voir la secrétaire nationale devant prendre en main le débat sur les amendements pour ne pas que ça dérive en « n’importe quoi »-, révèle bien des faiblesses ou des divisions de la direction. Je comprends qu’on ait eu la sagesse en juin d’estimer qu’il était urgent que MG.Buffet demeure secrétaire nationale d’ici le Congrès.
« L’organisation » ( ?) de la Commission du samedi soir était un radeau de la Méduse. Personnellement je n’ai jamais vu ça. Entre des responsables de la commission visiblement en dissonance avec le travail de réécriture à accomplir, ce qui évidement nourrissait la réaction - non moins insupportables- de certains délégués à la tonalité « basiste » voire populiste.
Et, plus généralement, entre ceux des dirigeants qui ne suivent que leur idée mais au moins la disent, et les autres qui ne disent rien, ni au CN, ni à l’Assemblée, laissant dans un « brouillard » leur propre positionnement, ( pour vivre heureux, vivons cachés ? )tout cela n’est pas très sain et ne joue pas vraiment collectif. Désolé de le dire ainsi mais j’ai été habitué à des dirigeants d’une autre trempe et d’une autre tenue, je le dis sans ambages.
Collectif Bellaciao
http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=57729
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