Annapolis, la conférence de la dernière chance s’annonce mal
Annapolis (États-Unis), envoyé spécial.
Si officiellement la conférence consacrée à la résolution du conflit israélo-palestinien, convoquée par les États-Unis, s’ouvre aujourd’hui à Annapolis, près de Washington, les principaux protagonistes - le premier ministre israélien, Ehud Olmert, et le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas - ont eu hier des rencontres séparées avec le président américain George W. Bush.
Que cherche ce dernier, qui a envoyé près d’une dizaine de fois en quelques mois sa secrétaire d’État, Condoleezza Rice, au Moyen-Orient ? Pourquoi une telle conférence est-elle organisée maintenant alors que depuis sept ans le processus de paix n’est pas simplement au point mort mais avait quasiment disparu des agendas internationaux sans que cela paraisse affecter l’administration américaine ? Peut-on être optimiste alors qu’Israéliens et Palestiniens ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur un texte commun prenant en compte les grandes questions (Jérusalem, les frontières, les réfugiés, l’eau et la sécurité) en vue du statut final (Oslo a montré que tout accord consistant en des phases intérimaires était voué à l’échec) et donc sur la création d’un État palestinien ? Autant de questions auxquelles il faut répondre pour comprendre comment on en est arrivé là et surtout pour envisager les suites de cette rencontre à laquelle ont été conviés pas moins d’une cinquantaine de pays et d’organisations internationales (Banque mondiale et Fonds monétaire international).
Outre la parodie de négociations de Camp David en juillet 2000 (lire ci-contre), la fameuse « Feuille de route », élaborée en avril 2003 sous l’égide du « quartet » (États-Unis, Russie, Union européenne et ONU), qui établissait pour les deux parties un certain nombre d’obligations considérées comme essentielles pour aborder le statut final, est sans doute l’élément le plus révélateur de l’incapacité internationale, voire de sa lâcheté. L’Autorité palestinienne devait mettre un terme au « terrorisme » et réformer ses structures. Israël s’engageait à geler la colonisation mais y mettait des conditions, notamment celle que les Palestiniens remplissent d’abord leur part du contrat.
Outre le déséquilibre évident - l’un est occupant, l’autre occupé sans véritable État - le « quartet » n’a pas joué son rôle : comment l’Autorité palestinienne pouvait-elle agir alors que les bâtiments administratifs et ceux de ses forces de sécurité, tant en Cisjordanie qu’à Gaza, étaient systématiquement bombardés par l’aviation israélienne ? Comment gagner le soutien de la population face à la stratégie armée du Hamas alors que les troupes et les blindés israéliens pénètrent régulièrement dans les territoires palestiniens, que les villes et les villages sont bloqués et que le mur pérennise un apartheid et le vol des terres palestiniennes ? Pourquoi, contrairement à ses engagements, Israël poursuit-il la colonisation et l’extension des colonies existantes, poursuivant ainsi sa politique du fait accompli ?
alignement des usa sur israël
Des discussions s’engagent donc - Annapolis est présenté comme le départ d’un processus - alors que le président de l’Autorité palestinienne n’a jamais été aussi affaibli. Il règne sur la Cisjordanie mais ne contrôle plus la bande de Gaza. Lui qui avait, premier ministre d’Arafat, été imposé par les États-Unis, a perdu de son crédit auprès des Palestiniens. Ces derniers, s’ils sont majoritairement pour des négociations, ne se font guère d’illusions sur les résultats possibles au sortir de la conférence d’Annapolis. D’autant que l’armée israélienne poursuit ses incursions, son blocus des villes et ses assassinats ciblés. Pensant peut-être pouvoir mettre les Palestiniens à genoux, Tel Aviv exige maintenant d’eux qu’ils reconnaissent Israël comme État juif et donc abandonne toute idée de droit au retour pour les réfugiés. Un peu comme si on demandait à ce que la France soit reconnue comme un État catholique.
L’alignement des États-Unis sur la politique israélienne est source de préoccupation et d’interrogation sur le sens et la portée de la conférence d’Annapolis. Ainsi, les pays arabes sont invités. La plupart feront le déplacement, y compris le ministre saoudien des Affaires étrangères.
Pourtant, Israël refuse de prendre en compte le contenu de ce qu’on appelle l’Initiative arabe, formulée en 2002 et réactivée cette année par la Ligue arabe, qui propose une normalisation des relations entre Israël et les pays arabes en échange de l’évacuation de tous les territoires occupés depuis 1967. On peut penser que la manoeuvre va consister à éviter à Israël une négociation multilatérale pour promouvoir des bilatérales. Ce qui empêcherait les pays arabes de présenter un front commun. En la matière, l’Égypte et la Jordanie, les deux seuls pays arabes à avoir signé une paix avec Israël, serviront certainement de tête de pont, y compris pour des pourparlers avec la Syrie qui sera présente.
L’administration Bush a très évidemment en tête son propre agenda régional (Iran, Irak, Afghanistan) qui nécessite le soutien des pays arabes dits modérés, dont l’Arabie saoudite, et entend aller d’autant plus vite que le terme de son mandat est proche. Pour Mahmoud Abbas la partie est à haut risque.
Un échec de la conférence d’Annapolis signifierait une victoire pour le Hamas. Mais accepter n’importe quoi signerait sa mort politique et celle du Fatah. De cela Washington ne veut pas, pas plus qu’il ne souhaite une réunification du mouvement palestinien pourtant politiquement nécessaire (plusieurs tendances s’affrontent d’ailleurs au sein du Hamas). Quant à Olmert, plombé par sa défaite militaire de l’été 2006 au Liban, pris dans des affaires politico-judiciaires, il est sous la pression d’une droite d’autant plus à l’aise que les travaillistes, membres du gouvernement, ne parviennent plus à tourner la tête vers la gauche.
Un échec de la conférence d’Annapolis serait dramatique. Mais un accord sur des bases autres que le droit international, les résolutions de l’ONU et l’arrêt immédiat de toute forme de colonisation, accord qui générerait de fausses illusions, serait plus encore dramatique. « Annapolis sera une opportunité de remettre le conflit israélo-palestinien sous les feux des projecteurs. Nous ne nous attendons à rien de plus qu’une reprise immédiate des négociations », a déclaré Nabil Chaath, un conseiller politique de Mahmoud Abbas. Il a affirmé que les Palestiniens souhaitaient obtenir en outre un engagement que les négociations envisagées aboutiront en 2008.
Pierre Barbancey
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