Le Parti communiste de Bolivie : arrêter l’offensive de la droite
Dans la nuit de samedi 24 novembre, en Bolivie, l’Assemblée Constituante a approuvé (par 134 voix sur 136). Solennellement en chantant l’hymne national, les congressistes ont entériné les têtes de chapitre de la nouvelle Constitution destinée à rétablir dans leurs droits tous les Boliviens en particulier les paysans pauvres, les indigènes. C’est une victoire.
Mais tout autour de l’Assemblée, au dehors, se déroulaient des manifestations à caractère quasi insurrectionnel pour faire pression sur l’Assemblée. La droite, l’oligarchie dont le fief est à l’est du pays (du côté de Santa Cruz mais aussi au sud dans Sucre une ville élégante surnommé le Paris andin), avait provoqué ces manifestations et mobilisé en particulier les étudiants sur le thème la capitale doit être déplacée de La Paz à Sucre. En fait Sucre est bien la Capitale mais le siège du gouvernement est à La Paz dans une zone ouest très peuplée et favorable au gouvernement d’Evo Morales. Cette manifestation violente a fait déjà un mort (un avocat de 29 ans) et quelques dizaines de blessés. On ne sait pas qui a tiré des projectiles, toutes les provocations étaient possibles. Dans cette zone de Sucre où se tenait l’Assemblée Constituante, la droite et les oligarques n’acceptent pas la réforme agraire, l’attribution de terres à la paysannerie pauvre et soutenue par les Etats-Unis tentent de bloquer le processus de changement initié par le gouvernement bolivien. Le gouvernement et l’Assemblée ont gardé leur calme adoptant en gros les dispositions constitutionnelles et réservant pour plus tard une discussion sur les dispositions contreversées.
Voici la position du Parti communiste bolivien sur cette offensive de la droite en Bolivie. Nous sommes bien dans le cas de figure que dénonçait Chavez à son arrivée à Santiago du Chili pour le sommet de l’Amérique latine: les droites, l’oligarchie se mobilisent et s’unissent pour faire face à la montée du mouvement d’unité et de conquête des droits pour le peuple. Il faut également noter le fait que Fidel Castro est intervenu le 11 novembre 2007 après le sommet (cf.son intervention sur ce site), comme il le fait rarement, pour à la fois se féliciter du courage de certains dirigeants qui mènent ce processus de changement et pour dénoncer la lâcheté d’autres qui en fait cèdent devant l’oligarchie et l’impérialisme. Enfin partout se pose la question de l’organisation et du renforcement du mouvement d’unité et de conquête des droits des peuples…
Voici l’analyse du Parti Communiste de Bolivie
Parti Communiste de Bolivie, jeudi 22 novembre
Arrêter l’offensive de la Droite
Marcos Domich
Le tournant pris par les événements, particulièrement les événements de Sucre, incitent à penser entre autres qu’il faut adopter des moyens cohérents pour arrêter l’offensive contre
révolutionnaire de la droite. C’est un moment délicat pour le processus de changement que la société bolivienne exige et nécessite. En pratique, les projets dont pourrait bénéficier le pays,
ne peuvent aboutir dans la réalité parce que la droite a l’habileté d’y opposer un enchevêtrement de dispositions juridiques et légales pour empêcher leur application. Un exemple en est la non
approbation, dans les chambres, de la convention d’exploitation du fer de El Mutún.Hasta qui n’était pas prête, la droite en a fait tout un plat en brandissant les étendards du développement, des
profits pour le pays, etc, etc… Aujourd’hui les mêmes forces, avec leur représentation sénatoriale, empêchent la signature du contrat.
Une mesure parfaitement nécessaire et qui est un acte de justice sociale : le bon de dignité lui aussi est bloqué en provoquant la protestation naturelle des personnes âgées. Qu’espèrent les
sénateurs de la droite ? Que le temps emporte les fleurs fanées ? Pour paralyser plus encore, l’exigence de nominations de juges, tribuns, membres de comité,
présidents, est proclamée, etc. Est-ce que c’est le plus urgent ? Non mais cela fait partie du plan de la Droite et de l’Empire du nord pour étrangler le
processus.
Ce que nous venons de dire n’est pas l’aspect le plus important du plan. Le gros morceau est à Sucre et plus exactement dans l’Assemblée Constituante. La violence verbale et jusqu’à physique révèle le fond des positions. Déjà nous savons que l’affaire de la capitale est un prétexte habilement introduit pour bloquer et enterrer la Constituante. Aujourd’hui, la tactique qui se dessine sous la défense des « intérêts sacrés de Sucre » éclate totalement au grand jour. Ecouter les universitaires et les fonctionnaires de la mairie décocher des insultes franchement racistes, même si elles relèvent du paradoxe, montre que le prétexte de la capitale n’est rien de plus que ça, un prétexte paradoxal, puisque ce qui fut « le berceau de l’indépendance américaine », ce qui fut le foyer des idées révolutionnaires du mouvement universitaire, est aujourd’hui la proie d’une troupe de choc de poseurs et d’une mentalité fasciste. L’ancienne Fédération Universitaire Bolivienne affirmait et défendait le principe de « Mines à l’Etat et terres à l’Indien » Quelle déchéance historique ! Justement là où on devrait trouver la part la plus lucide et la plus progressiste. Mais il y a plus terrible. Nous avons entendu avec stupeur, un présumé universitaire hurler à un paysan que la Bolivie avait six départements ! Que La Paz, Oruro et Potosi ne sont pas boliviens ! Ce qui change: la dignité, la conscience nationale est justement chez ces paysans qui vivent l’unité nationale et réclament leur droit d’être à Sucre comme Boliviens, comme des personnes et non comme des animaux. Une quelconque paysanne est capable de donner des leçons aux universitaires, y compris au Recteur.
Il n’y a pas assez d’espace pour examiner tout le dossier de la réaction . Les cartes sont tirées. Il y en a assez de se faire prendre dans le filet « légaliste ». Il faut organiser une contre offensive cohérente, il faut rendre compacts les rangs du peuple et des forces progressistes et imposer tout autant la légalité comme la légitimité issue de l’agenda d’Octobre.
traduction de Danielle Bleitrach
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