Benjamin Biolay, magnifiquement tourmenté
On n’a jamais fait de cadeau à Benjamin Biolay. D’abord à cause de son physique. On le trouvait agaçant avec ses airs indolents. Trop de facilité, sans doute. Biolay, lui, plaidait la timidité. Puis, le temps à fait son oeuvre. À force de persévérance, il est devenu un chanteur qui compte. S’il a ses détracteurs, qui détestent sa posture de dandy rock, il a également ses fans, qui ne jurent que par son « génie » d’auteur-compositeur. La vérité est bien évidemment entre les deux. Benjamin Biolay, comme tous les artistes, s’est longtemps cherché, préférant se cacher derrière le talent des nombreux chanteurs pour lesquels il a composé de bien jolies chansons. Avec l’âge, le voilà qui prend de l’assurance et n’hésite plus à dévoiler ses sentiments. Révélé par un premier album très réussi, Rose Kennedy, il enchaîna avec Home et sa pop-country interprétée aux côtés de son ex-compagne Chiara Mastroianni, puis avec le sombre À l’origine. Son nouvel album, Trash Yéyé, affiche des atmosphères tout aussi tourmentées, mais plus envoûtantes encore. Deux années auront été nécessaires à sa réalisation : « Se lancer dans ce genre de périple introspectif, dit-il, est une décision mue par un paradoxal mélange d’innocence et d’animalité. »
Après l’échec commercial de son précédent opus, À l’origine, il ressentait le besoin de se remettre en cause, sans pour autant savoir quelle direction prendre : « J’avais envie de faire un album par mes pro- pres moyens, comme jadis lors de mes premières démos. C’est-à-dire sans l’aide d’aucun autre musicien. » Jusqu’au jour où il rencontre la chanteuse guitariste du groupe américain Shivaree, Ambrosia Parsley. Avec elle, il travaille à quelques sessions d’enregistrement à Woodstock, dans l’État de New York. Retour dans les studios parisiens où il peaufine un album coréalisé avec Bénédicte Schmitt et, surtout, avec l’envie de composer de nouveau : « J’avais retrouvé le plaisir d’écrire pour les cordes, c’était le grand retour de la chance », se souvient-il.
En proie au doute, Biolay a longtemps pensé qu’il était meilleur lorsqu’il écrit pour les autres (Keren Ann, Juliette Gréco, Coralie Clément, sa soeur, Henri Salvador, Élodie Frégé…). Avec Trash Yéyé, il semble avoir trouvé sa vérité, donnant ainsi toute la mesure de son talent. À la Cigale, récemment, il lui a suffi d’interpréter ses nouvelles chansons - Bien avant, Douloureux dedans, Regarder la lumière, Dans ta bouche - pour aussitôt installer un climat romantique, fait de passion amoureuse et de moderne solitude. Ambiances pop-rock à la fois cinématographiques et charnelles où il est souvent question d’attente désespérée et de déchirures sentimentales : « Bien avant que tout soit fichu / Je savais déjà que tu t’en foutais », chante-t-il d’une voix grave, mélange de Gainsbourg et de Miossec.
Dans son nouveau spectacle, il passe d’un instrument à l’autre, guitare, piano, trompette, avec un certain détachement. Mais, au fond, on sent que cela bouillonne. Benjamin Biolay est un amoureux de la vie, des filles, des occasions ratées et des ciels de novembre. C’est délicieusement tourmenté, teinté d’une noirceur magnifique. Un Bashung plus glamour qui mérite d’être découvert sur scène.
Album Trash Yéyé, chez Virgin Music/Emi
Concert : 27 novembre, Clermont-Ferrand, Coopérative de Mai (Puy-de-Dôme).
V. H.
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