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Société - Article paru le 7 novembre 2007 dans l'Humanité

Le droit au logement frappe à la porte de l’Europe

Habitat . Réunis à Bruxelles, les premiers états généraux européens pour le droit au logement dressent un constat alarmant de la situation sur le Vieux Continent.

Bruxelles, envoyé spécial.

Bernard Birsinger en avait rêvé. Ses amis l’ont fait. Pendant deux jours, lundi et mardi, plus de 130 personnes issues d’organisations engagées dans la défense des mal-logés ou des sans-logis, d’ONG, d’associations d’habitants, mais aussi des élus locaux et des députés européens, des gestionnaires de logements sociaux se sont retrouvés au sein du Parlement européen, à Bruxelles, pour les premiers états généraux européens pour le droit au logement. Coorganisé par l’Alliance internationale des habitants, l’Association nationale des élus communistes et républicains, la Plate-forme pour une vie digne (Espagne) et le Réseau d’élus et d’autorités locales progressistes d’Europe (REALPE), l’événement est la suite logique des états généraux pour le droit au logement lancés, en France, par feu l’ancien maire communiste de Bobigny.

un état des lieux inquiétant

Les nombreux témoignages égrenés au fil de ces deux journées ont permis de dresser un état des lieux inquiétant du mauvais logement ou du non-logement dans une douzaine de pays du Vieux Continent. Si les situations diffèrent énormément selon les pays, tous les participants ont vivement dénoncé l’abandon par les États du secteur du logement. Eva-Britt Stevenson, députée européenne suédoise (GUE-GVN), a ainsi expliqué comment, sous la pression de l’Union européenne et des choix politiques de la majorité de centre droit, son pays - qui considérait jusqu’alors le logement comme un droit pour tous quels que soient les revenus des ménages - se dirigeait actuellement vers une « privatisation rampante », en réduisant ses dotations pour les aides au logement et en s’apprêtant à mettre en vente 860 000 logements publics. En Russie, ce sont les réformes ultralibérales du gouvernement de Vladimir Poutine qui fragilisent l’accès au logement. Selon Karine Clément, une Française résidant dans le pays - depuis plusieurs années, ces - réformes ont eu pour conséquence de jeter à la rue des milliers de familles au profit de promoteurs véreux, avec la bénédiction de pouvoirs publics locaux corrompus. Le cas des Rom, stigmatisés et partout discriminés, a été évoqué à de nombreuses reprises par les participants. Selon Miroslav Prokes, conseiller municipal de Prague (République tchèque), ils constituent 90 % des personnes vivant dans les quelque 300 bidonvilles que compte le pays.

« Il faut que l’Union européenne prenne au sérieux la question du droit au logement », a estimé Heinrich Niemann, engagé dans une association de restructuration urbaine à Berlin. Pour autant, a prévenu Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, « ce sont aujourd’hui les marchés financiers qui décident comment se fait la ville. Grâce à leur force de frappe, les fonds d’investissement sont en capacité de déstabiliser les politiques publiques ». Ce fut le cas à Berlin où, « en dix ans, des fonds d’investissement ont pu s’offrir 1,8 million de logements publics », a précisé Barbara Litke, représentante, à Bruxelles, de l’Union internationale des locataires.

Ces états généraux n’auraient-ils été qu’un constat d’impuissance ? Non, répond Cesare Ottolini, animateur de l’Alliance internationale des habitants, « ils sont une première étape vers la constitution d’un mouvement européen de résistance ». Dans la déclaration finale, les participants se sont engagés à organiser des états généraux dans leur pays et à agir pour demander « le développement d’un véritable service public du logement et de la ville ».

Cyrille Poy

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Tag(s) : #Logement
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