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International - Article paru le 7 novembre 2007  dans l'Humanité

 

Paris et Washington commencent leur lune de miel

États-Unis . Usant d’une débauche de symboles, Nicolas Sarkozy a entamé, hier, avec George W. Bush, la célébration du virage atlantiste de la politique française.

Washington, envoyé spécial.

Nicolas Sarkozy a été accueilli avec tous les fastes hier soir à la Maison-Blanche pour une première visite d’État à Washington qu’il a voulu haute en symboles et en démonstration d’amitiés franco-états-uniennes afin de consacrer le virage atlantiste de la politique extérieure de la France.

Dès hier soir, les deux présidents ont souligné la proximité de vue retrouvée entre les deux capitales sur la quasi-totalité des grands dossiers internationaux. C’est particulièrement vrai du nucléaire iranien où Paris a rejoint l’option des sanctions unilatérales occidentales prônées par Washington, s’éloignant ainsi de la posture autrefois privilégiée, aux côtés d’autres pays européens, en faveur d’un règlement négocié dans le cadre de l’ONU.

Après l’arrivée du président français quelques heures plus tôt dans l’après-midi, la célébration des « retrouvailles » franco-états-uniennes avait été déclinée sur tous les modes. Sur le plan des « valeurs partagées » des patrons des deux pays lors d’une rencontre avec le French American Business Council (Conseil franco-américain des affaires) à laquelle a participé Laurence Parisot, invitée personnelle du président. Quelques instants plus tard, Nicolas Sarkozy a décoré des anciens combattants qui se sont illustrés sur les plages du Débarquement en juin 1944. Moment de véritable émotion pour ces hommes tous âgés aujourd’hui de plus de quatre-vingts ans, dont l’un, Charles Shay, un Indien Penobscot, a été dans la première vague d’assaut à Omaha Beach.

amitié franco-

états-uniennes

Avalanche de démonstrations d’amitié franco-états-uniennes également lors de la rencontre entre le président français et le jeune maire de Washington, Adrian Fenty, un métis, « témoin de la force de cette Amérique mélangée et travailleuse telle que l’affectionne le président », soulignait-on dans l’entourage de Nicolas Sarkozy. L’édile a répondu avec la même débauche d’amabilités en annonçant à son hôte la décision du conseil municipal de rebaptiser le pont dit de P Street en pont Duc de Lauzun, du nom de l’un des héros français de la guerre d’indépendance des États-Unis.

La réception par le couple Bush hier soir à la Maison-Blanche, un peu plus tard, allait constituer le point d’orgue de cette première journée de célébration du nouvel axe Paris-Washington. Avant le dîner, le président français s’est entretenu dans la blue room avec son homologue états-unien, un endroit également chargé d’histoire, faisait-on remarquer dans le staff de l’Élysée puisqu’il s’agit de la pièce « où George W. Bush et Tony Blair ont discuté en septembre 2001 de la guerre contre le terrorisme » avant une importante allocution du président des États-Unis sur ce thème devant le Congrès.

À l’heure où ces lignes étaient écrites, les deux présidents n’avaient pas donné de précisions sur la manière d’articuler leurs convergences affichées. Soucieux toutefois de ne pas apparaître totalement aligné, Nicolas Sarkozy devait aussi s’employer à faire entendre quelques différences sur le dossier irakien où Paris tient à manifester un reste d’approche critique ou, bien plus sûrement, semble-t-il, sur celui de l’environnement. « Moyen, dit l’un des porte-parole de l’Élysée, de faire évoluer la position de l’administration. » Et de se référer, sans rire, aux « progrès » qui auraient été accomplis dans ce sens lors du dernier G8 de Heiligendamm en Allemagne. Tout cela a bien entendu pour fonction principale de donner des gages de libre arbitre, tout en enfonçant le clou du virage atlantiste.

devant le Congrès des États-Unis

Aujourd’hui, dans le grand discours devant le Congrès des États-Unis, sous la coupole du Capitole qui sera la véritable apothéose de cette visite, Nicolas Sarkozy devrait s’attacher à respecter les équilibres entre célébration forcenée de l’amitié franco-états-unienne retrouvée et petite musique différente sur l’Irak ou l’écologie. Pour mieux clore le chapitre d’une tradition diplomatique française, marquée encore par les principes gaulliens liés au respect de l’indépendance nationale et de la multipolarité de la planète.

Bruno Odent

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Tag(s) : #Relations internationales
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