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International - Article paru le 6 novembre 2007  dans l'Humanité

 

Un « modèle » qui donne des signes de grosse fatigue

La révolution néoconservatrice de Bush a renforcé les souffrances populaires et contribué à ébranler les équilibres économiques. Démonstration en cinq points.

Depuis sa dernière visite à la Maison-Blanche, en septembre 2006, Nicolas Sarkozy va trouver une présidence en déshérence. Dernier départ au sein de l’équipe : Karen Hugues, la conseillère en communication qui devait changer l’image du président. Celle-ci est désastreuse, l’experte en marketing politique n’y a rien changé. C’est un président en fin de règne, prêt au pire mais persuadé qu’il accomplit une mission divine, que Nicolas Sarkozy va rencontrer. Les sondages sont unanimes. Ils sont au rouge, de la guerre d’Irak à l’économie, en passant par la santé, l’environnement, l’éducation… Du rêve américain, on est passé au cauchemar d’une récession annoncée et dont personne ne se hasarde à prédire l’ampleur. Le modèle qui n’a cessé d’inspirer « le néoconservateur au passeport français », dont le Wall Street Journal tressait l’éloge il y a un an, donne des signes de très grosse fatigue.

Des dizaines de millions de familles avaient souscrit des crédits pour acheter la maison symbole du rêve américain sans qu’on leur demande la valeur de leurs revenus. C’était les fameux « subprimes » (1). Après des années de garantie, offerte par la hausse de l’immobilier, la chute des prix, l’augmentation des taux de remboursement les ont obligés à revendre au-dessous du prix d’achat. Incapables de payer leurs dettes, ces familles ont eu recours à la faillite personnelle, qui étale les sommes à payer. Sinon c’est l’expulsion. Sans autre solution pour des milliers de citoyens que les « trash trailors » (les « camping-cars pourris »), version bidonvilles des banlieues, quand ils n’augmentent pas les effectifs des SDF.

La « compassion conservatrice » - thème de la première campagne électorale de Bush - a consisté à réunir les grandes banques pour qu’elles volent au secours des sociétés de crédit en grave difficulté. Or les grandes banques, à leur tour, sont touchées par la crise des subprimes pour s’être précipitées sur cette source de profits, sous la forme de produits financiers sophistiqués censés rapporter gros. L’effondrement de ce marché vient de coûter 8 milliards et son PDG à Morgan Stanley. Mêmes conséquences à Citigroup, autre établissement censé jouer les pompiers, qui vient de changer de PDG pour un ancien secrétaire d’État au Trésor, en poste au moment où Enron trichait au point de sombrer. Citigroup vient de quémander quelques milliards pour boucher les trous causés dans des comptes obscurs par les subprimes.

En guise de consolation, le président de la Banque fédérale, Ben Bernanke, a prononcé, il y a deux semaines, un discours où il reconnaît craindre « la contagion ». Il appelle les experts à « l’humilité » tant est grande l’incertitude sur l’avenir. C’est pour le moins signaler la fragilité du système. Rien n’a été prévu pour venir en aide aux millions de familles escroquées.

La faillite de la « ownership society », la société des propriétaires de Bush auquel Nicolas Sarkozy doit des droits d’auteur, même si la relance du crédit en France n’a pas atteint la dimension géante américaine, s’inscrit dans la même stratégie réactionnaire.

Sarkozy n’a rien inventé. La baisse des impôts pour les plus riches a été chez le maître Bush une réforme phare de la politique républicaine. Le président a donné l’exemple de la détaxation sélective. La Brooking Institution a calculé que 90 % des réductions d’impôts ont profité aux 20 % les plus riches. Les économistes Thomas Piketty et Emmanuel Saez ont établi que les impôts des plus riches avaient diminué de moitié depuis 1970. Le président de la Banque fédérale s’aperçoit que « la distribution inégale des revenus peut dérégler la libéralisation de ces dernières années » (cité dans le New York Times par Paul Krugman, professeur d’économie à l’université de Princeton).

Entre 2000 et 2005, le nombre de pauvres est passé de 11,3 % à 12,6 %, soit 37 millions de personnes, dont 10 millions d’enfants.

Autre modèle pour Sarkozy. Bien que le projet de légaliser le recours aux assurances privées pour la santé et pour les retraites ait été bloqué au Congrès parce que la transmission des fonds de l’un à l’autre des systèmes était trop coûteuse pour le gouvernement qui devait prendre en charge l’intérim, dans la vie de millions de salariés et de retraités cet abandon est en route. Les contrats d’entreprises qui partageaient le financement de mutuelles entre patrons et salariés représentaient 69 % du total des entreprises en 1979, ils n’étaient plus que 55,99 % en 2004, et le déclin s’est accéléré.

Les primes d’assurance sont élevées. Elles augmentent chaque année et deviennent inabordables pour une grande partie des salariés. Résultat de cette réforme : 89,6 millions d’Américains de moins de soixante-cinq ans, soit plus d’un sur trois, n’ont pas d’assurance maladie. Selon Families USA, on en compte 17 millions de plus qu’en 2000.

Un projet de loi présenté par les démocrates propose la gratuité des soins pour les dix millions d’enfants de familles pauvres. Une première version s’est heurtée à un veto de George W. Bush. L’annonce d’une deuxième version, abaissant le seuil de participation, a reçu la même réponse de la Maison-Blanche. C’est au privé et aux associations de charité de répondre à cette demande. Pour Bush, tout le monde peut s’adresser aux urgences…

La chute des contrats d’assurances mutuelles dans les entreprises de plus de 200 salariés a démantelé un système de sécurité sociale qui datait des lendemains de la crise de 1929. Avec la majorité qu’il avait au Congrès (jusqu’en 2004), Bush a fait passer un texte prolongeant l’âge de départ à la retraite à soixante-sept ans, puis à soixante-dix ans en 2010. Les compagnies d’assurances se frottent les mains, le retour sur les investissements dans la campagne électorale républicaine paye, que ce soit pour les retraites ou pour la couverture des soins. L’industrie pharmaceutique figurait au premier rang des contributeurs. Les profits abondent qui permettaient, jusqu’à la « tempête » financière de cet été, de vanter les mérites d’un certain type de croissance à l’américaine.

Encore un modèle néoconservateur qui s’implante sous les auspices de Bush et dont on sent bien qu’il inspire aussi beaucoup l’entourage de Nicolas Sarkozy. Les subventions pour l’éducation sont attribuées au mérite, selon les résultats des établissements. Nouveauté en Floride, où l’expérience est lancée par Jeb Bush, le frère, les salaires des instituteurs et des professeurs seront augmentés selon le résultat aux tests des élèves. Une expérience qui pourrait être étendue dans le pays, et à d’autres secteurs, selon les voeux des néoconservateurs républicains.

(1) L’Humanité du 13 août 2007.

Jacques Coubard

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Tag(s) : #Monde
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