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International - Article paru le 6 novembre 2007 dans l'Humanité

 

La loi d’expulsion engendre haine et exclusion

Italie . Poussée de xénophobie après l’assassinat d’une Italienne par un ressortissant roumain. Un décret facilitant l’expulsion d’étrangers a été adopté.

Après l’agression mortelle dont a été victime, il y a une semaine, une Italienne de quarante-sept ans, Giovanna Reggiani (son enterrement a eu lieu à Rome, samedi, décrété jour de deuil dans la capitale), le pays connaît une montée de xénophobie particulièrement alarmante. Elle l’est d’autant plus que les autorités italiennes, sous prétexte de respect de l’ordre, abondent dans ce sens. Le pape Benoît XVI a même exhorté les autorités italiennes à respecter les droits des immigrés. La communauté roumaine, dont est originaire le meurtrier de Reggiani, est la première touchée. Un campement de Tziganes, où vivait l’agresseur présumé, a été démantelé dans la banlieue de Rome. Par ailleurs, les autorités ont commencé à expulser des Roumains jugés dangereux. Dix-sept ordres d’expulsion ont été signés à Gênes et trois autres, samedi, à Rome. La police de Bologne a également demandé l’approbation de sept autres expulsions. Par ailleurs, des agresseurs masqués et armés de couteaux et de bâtons ont poignardé et tabassé trois Roumains, vendredi soir, devant un supermarché romain. L’une des victimes est dans un état grave.

Près de 500 000 Roumains vivraient en Italie. Beaucoup dans des conditions précaires, dans des campements de fortune à la périphérie des grandes villes, où certains d’entre eux se livrent à de petits trafics ou à la mendicité. Principale communauté d’immigrés en Italie où vivent 3,7 millions d’étrangers, les Roumains sont aussi accusés par la police d’être responsables de criminalité : en 2006, ils représentaient 15,4 % des étrangers accusés de meurtre, de violence sexuelle et de vol.

Le débat est maintenant sur la scène politique italienne. La réponse qu’apporte le centre gauche, avec des mesures musclées, pourrait ébranler la coalition gouvernementale dirigée par Romano Prodi. « Nous devons empêcher que ce tigre terrible qu’est la haine xénophobe, la bête raciste, sorte de sa cage », a déclaré le ministre de l’Intérieur, Giuliano Amato, dans une interview à la Repubblica, pour justifier l’adoption en urgence, mercredi, d’un décret facilitant l’expulsion d’étrangers, mem- - bres de l’Union européenne, pour des motifs de « sécurité pu- blique ». Ce décret a jusqu’ici été appliqué à des immigrants de Roumanie qui, comme les autres ressortissants de l’UE à laquelle leur pays a adhéré cette année, ont pourtant le droit de circuler librement à l’intérieur du bloc. « Pourquoi restons-nous dans ce gouvernement ? » a demandé en première page le quotidien de Refondation communiste, Liberazione. Encouragée, la droite fait feu de tout bois, accusant la coalition au pouvoir et le maire de Rome d’être responsables de la montée de la criminalité par une politique laxiste. Silvio Berlusconi s’est prononcé pour un moratoire suspendant l’entrée en Italie de ressortissants roumains.

Le chef du parti Alliance nationale (AN, extrême droite), Gianfranco Fini, a demandé « la destruction des campements abusifs et l’expulsion des clandestins privés de sources de revenu ». Alessandra Mussolini, petite-fille du Duce et l’un des chefs de file de l’extrême droite, a invité « l’ambassadeur roumain à quitter le pays », estimant que les Roumains étaient « indésirables » en Italie.

Pierre Barbancey

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Tag(s) : #Europe
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