OTAN : la force armée au nom de la « défense de l’Occident »
Il est difficile d’être plus franc et plus concis. « Sarkozy veut travailler étroitement avec nous, nous voulons travailler avec lui », a - déclaré hier le porte-parole de la présidence US, Gordon D. Johndroe. La venue au pouvoir de Nicolas Sarkozy, commente le Los Angeles Times, a provoqué « un évanouissement de plaisir collectif au sein de l’administration Bush ».
C’est dans le domaine de la doctrine stratégique militaire que cet alignement quasi inconditionnel sur l’idéologie bushienne d’hégémonie planétaire et de guerre préventive est le plus massif. Partant du constat qu’avec la désintégration du bloc soviétique il n’y a plus de rapport de force international sur lequel s’appuyer pour mobiliser les opinions publiques, se développe le concept d’intervention planétaire « pour assurer la sécurité » des populations prétendument menacées par des forces hostiles : soit, pêle-mêle, les milliards d’êtres humains survivant dans la misère, le réchauffement climatique, la pénurie d’eau potable, la surpopulation et la puissance potentielle de la Chine et de l’Inde, avec comme assaisonnement aux vertus paniquantes, le « conflit de civilisation ». Il s’agit donc, toujours et encore de « défense de l’Occident », comme l’expliquait le ministre de la Défense Hervé Morin, le 11 septembre 2007.
Dans un entretien publié par le Monde du 28 et 29 octobre, le conseiller d’État Jean-Claude Mallet, qui préside la commission du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, déclare notamment : « L’objectif qui a été fixé par le président de la République est que la France devait mener de front la relance de l’Union européenne en matière de défense et la rénovation de sa relation avec l’Alliance atlantique. » L’idée même que la France puisse avoir une doctrine de sécurité - et non pas de défense - indépendante et fondée sur une diplomatie de prévention des conflits et sur un programme mondial de désarmement n’a donc plus lieu d’être.
« Opposer l’Union à l’OTAN, a proclamé Nicolas Sarkozy, le 27 août, lors de la conférence annuelle des ambassadeurs de France, n’a pas de sens : nous avons besoin des deux. Mieux : je suis convaincu qu’il est dans l’intérêt bien compris des États-Unis que l’UE rassemble ses forces, rationalise ses capacités, bref, organise sa défense. Nous devons progresser (…) avec pour principal souci la sécurité du monde occidental. Parce que les deux mouvements sont complémentaires, je souhaite que, dans les prochains mois, nous avancions de front vers le renforcement de l’Europe de la défense et vers la rénovation de l’OTAN et de sa relation avec la France. »
Le 11 septembre dernier encore, le ministre de la Défense, Hervé Morin, a déclaré en termes dénués d’enrobage diplomatique : « Finalement, seuls les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France sont aujourd’hui capables de mener des opérations conventionnelles à l’extérieur, de façon durable et autonome. »
Répondant aux questions du New York Times, le 27 septembre 2007, Nicolas Sarkozy affirme : « D’abord, je n’ai pas de problème avec l’OTAN. (…) Nous avons fondé l’OTAN avec nos amis américains. Alors, qu’on arrête de présenter l’OTAN comme une espèce d’épouvantail, premier point. Deuxième point, nous sommes dans l’OTAN, nous en sommes un des principaux contributeurs, financiers et humains. (…) Alors, faut-il une évolution ? C’est une éventualité qui, pour être positivement envisagée, passe par deux préalables qui doivent être levés. Le premier c’est que je veux me battre pour l’Europe de la défense, quelle que soit l’importance de l’OTAN, là l’Europe doit se défendre de façon efficace et indépendante. (…) Une Europe qui serait capable de se défendre de façon indépendante n’est pas un risque pour les Américains, c’est un atout. Troisième point, il va de soi que si nous devions envisager un tel mouvement, il ne pourrait avoir lieu que dans la mesure où une place serait faite dans les instances de direction, au plus niveau, pour des représentants de la France. »
La mise en pratique de ces lignes de force est déjà en oeuvre. En violation de son traité constitutif, l’OTAN est d’ores et déjà en bonne voie de transformation en bras armé états-unien. La réintégration dans son commandement militaire de la France n’est plus qu’une question technique et Paris, le défunt « pilier européen de l’OTAN », devient tout simplement une autre forme de la force supplétive des interventions militaires de Washington dans le monde. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la participation de plus en plus importante de la France en Afghanistan. Et dans son soutien également à une éventuelle agression US contre l’Iran.
Michel Muller
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