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Politique - Article paru le 4 octobre 2007 dans l'Humanité

 

André Chassaigne : « Résister et construire au plus près des gens »

Entretien . Les élus et candidats communistes et républicains tiendront une réunion nationale, le 13 et le 14 octobre, à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

André Chassaigne est député communiste du Puy-de-Dôme, et président de l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR), organisatrice de ces journées.

Les élections municipales et cantonales de mars 2008 approchent à grands pas. Dans quel état d’esprit se trouvent les élus à la veille de ces échéances importantes ?

André Chassaigne. Une évidence tout d’abord : avec la terrible offensive des forces capitalistes représentées par Nicolas Sarkozy, les élections municipales et cantonales revêtent une importance particulière. Elles doivent permettre de réaffirmer notre force de résistance, mais aussi de confirmer l’enracinement local des idées communistes et progressistes. Nous ne partons pas de rien : nos élus ont établi de forts liens de confiance, par leur capacité à répondre aux besoins de la population. Ils sont aussi en première ligne contre les expulsions, les coupures d’eau et d’électricité, les coups portés aux plus modestes… Certains sont même criminalisés simplement parce qu’ils ont défendu la dignité humaine par des parrainages de sans-papiers. Résister, mais aussi construire, en restant au plus près des gens, tout cela participe de la « marque de fabrique » des élus communistes et républicains. Sur cette base offensive, notre état d’esprit est donc non seulement de conserver nos positions et nos élus mais aussi d’en conquérir de nouveaux dans une optique de large rassemblement. Pour cela, l’ANECR a un rôle important à jouer comme espace de confrontation et d’initiative.

Qu’entendez-vous par l’expression « marque de fabrique » ?

André Chassaigne. Il est évident qu’un élu communiste ou partenaire n’est pas marqué comme un produit manufacturé ou un bovin de nos montagnes ! Il ne s’agit pas de décréter un « savoir-faire » stéréotypé, voire d’être le porteur d’une image figée de l’élu communiste mythique d’après-guerre. Il nous faut au contraire réfléchir à ce que pourraient être aujourd’hui notre rayonnement et nos actions, dans un contexte nouveau. Je pense en particulier à l’exigence d’un rassemblement qui ne soit pas simplement la mise en oeuvre d’orientations décidées « en haut » mais plutôt une pratique politique de coélaboration des orientations et des actions à conduire, avec l’objectif ambitieux que les citoyens se réapproprient la « chose publique ». Et la tâche n’est pas facile, tant la société s’est individualisée. Sous la pression de la terrible bataille idéologique de la droite, beaucoup d’hommes et de femmes ont perdu confiance en la force de l’engagement collectif.

Précisément, quelles sont ces rencontres nationales que vous allez organiser ?

André Chassaigne. Après s’être fortement engagée dans le cadre des élections présidentielle et législatives, l’ANECR met aujourd’hui toute son énergie au service des élus et des candidats pour les élections locales à venir. Aucun ne doit être négligé : je pense en particulier aux élus ruraux, comme ceux de ma petite commune de Saint-Amant-Roche-Savine. Mais aussi aux centaines d’élus isolés que nous avons dans tant de communes et qui ont un fort besoin d’échanger avec d’autres. Nous aimerions aboutir à l’élaboration d’une sorte de « charte de l’élu local » qui regrouperait des propositions concrètes que les candidats pourraient décliner dans la campagne. Mais je suis très attaché au fait qu’il ne s’agit pas seulement d’élaborer un contrat local. Il nous faut aussi réfléchir à notre crédibilité et « penser notre action », en lien avec la société telle qu’elle est devenue. Bien évidemment, il faut aussi prendre en compte que les problèmes locaux ont leur origine dans les politiques nationales ou internationales. C’est pourquoi notre action doit aussi permettre de rompre l’isolement idéologique dans lequel nos élus locaux exercent leur mandat. Ainsi, nous libérerons l’audace et l’imagination, ces particularités qui participent aussi à la « marque de fabrique » des élus communistes et républicains.

Quelles perspectives d’avenir tracez-vous pour votre association ?

André Chassaigne. J’ai la conviction qu’une voie d’avenir consiste à faire travailler ensemble, plus encore qu’aujourd’hui, élus, militants, associations, représentants du mouvement social, experts et simples citoyens. Trop souvent, nous nous recroquevillons sur notre « pré carré ». Ouvrons portes et fenêtres et cessons de faire le dos rond ! C’est pourquoi l’ANECR a pris, avec d’autres, une série d’initiatives. Je pense aux états généraux européens du logement prévus le 5 et le 6 novembre, à Bruxelles, au forum national sur le développement durable, qui se tiendra le 16 et le 17 novembre prochain, en partenariat avec le PCF et les parlementaires communistes et républicains, en contrepoint du Grenelle de l’environnement… Toutes ces initiatives doivent nous aider à mettre plus systématiquement notre travail en commun et alimenter notre réflexion.

Quelle place entendent occuper les élus communistes dans les débats actuels sur l’avenir de la gauche, et en particulier du PCF ?

André Chassaigne. Il ne revient évidemment pas à l’ANECR de s’inscrire directement dans la préparation des deux prochains congrès du PCF. Ses membres, et donc son président, ne sont pas moins partie prenante des questionnements en cours. Face aux formules magiques et aux affirmations définitives sorties du chapeau, je privilégie l’action dès aujourd’hui pour retrouver un peu de crédibilité : à la riposte forte et déterminée contre la politique de la droite, il faut marier des propositions claires qui redonnent à nos concitoyens le désir de se rassembler et d’agir pour peser sur les choix politiques. En une phrase : « Ne pas lâcher la proie pour l’ombre. » Pour autant, je ne veux pas esquiver les questions de fond : avons-nous encore les ressorts nécessaires pour retrouver une crédibilité perdue ? Comment persuader les Françaises et les Français que non seulement notre projet politique peut marcher, mais en plus que sa mise en oeuvre est incontournable pour que chacun ait demain la vie dont il rêve ? Si nous n’avançons pas de manière claire sur tous ces points, le Parti communiste poursuivra le déclin qui est le sien depuis trente ans. Dans sa réflexion sur la place et l’utilité des élus communistes et partenaires, l’ANECR s’inscrit naturellement, de fait, dans cette démarche qui ne doit pas séparer introspection et action.

Entretien réalisé par Sébastien Crépel

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Tag(s) : #Politique
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