Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Politique - Article paru le 4 octobre 2007 dans l'Humanité

« L’accès aux soins pour tous est visé »

Entretien avec le président de la CPAM de Haute-Garonne, Bernard Giusti, l’un des huit co-signataires du texte commun.

Quel sens et quelle portée donnez-vous à l’initiative prise avec vos autres collègues ?

Bernard Giusti. Nous avons l’habitude en Midi-Pyrénées de nous retrouver plusieurs fois par an afin d’examiner les difficultés rencontrées pour chacune de nos caisses et de discuter des problèmes d’actualité. Les mesures annoncées pour le financement 2008 de la Sécurité sociale sont au centre de l’actualité. Nous sommes tous très attachés au fondement même de la Sécurité sociale à savoir : le principe de solidarité qui doit reposer, comme nous le rappelons dans notre communiqué commun, sur un financement assuré par l’ensemble des citoyens, proportionnellement aux revenus de chacun. Or nous avons le sentiment que ce principe même est de plus en plus remis en cause par des mesures successives dont la dernière en date avec les franchises médicales. Chaque fois, ce sont les assurés sociaux qui sont pénalisés et, pire encore avec ces franchises, on veut faire payer les malades eux-mêmes. Au-delà des sommes qu’elles représenteront, c’est tout le principe de solidarité qui est visé.

Vous qualifiez ces mesures d’injustes, d’inefficaces aussi.

Bernard Giusti. Elles s’empilent les unes aux autres et ne règlent en rien les problèmes. Les mesures de 2004 avec l’euro non remboursé sur les consultations et autres décisions toujours dans ce même registre devaient combler le déficit. Il n’en est rien. Nous avons le sentiment aussi que l’on pousse les assurés sociaux, du moins ceux qui le pourront financièrement, vers les assurances privées. Quand les remboursements par la Sécurité sociale diminueront encore, on se tournera encore plus vers les complémentaires puis, ceux qui auront les moyens financiers, s’adresseront à l’assurance privée. On va vers un système à l’américaine ou à l’anglaise, alors que notre responsabilité est de permettre à toutes et à tous d’accéder au droit à la santé.

Vous-même estimez que l’on ne parle que des dépenses de la Sécurité sociale et jamais des recettes. Pouvez-vous préciser ?

Bernard Giusti. Ce sont toujours les assurés sociaux qui sont visés et diabolisés, alors que l’on devrait également dire pourquoi on en est arrivé là, à un tel déficit. On ne parle jamais de ce que doit l’État à la Sécurité sociale. Si un gouvernement, quel qu’il soit, décide d’exonérer de charges sociales, c’est sa libre décision, mais il doit compenser. Alors que la Sécurité sociale affiche un déficit de 11,7 milliards d’euros, la Cour des comptes évalue à 37 milliards d’euros ce qui n’est pas rentré dans les caisses de la Sécurité sociale. Ce que doit l’État s’élève à trois milliards d’euros. D’autre part, le manque à gagner par les stock-options qui ne sont pas taxées est aussi estimé à trois milliards. Des mesures pourraient ainsi être prises. Elles permettraient d’aller dans le bon sens, en relevant les recettes et réduisant le déficit. On ne parle pas plus de la solidarité possible entre régimes. Pour moi, le financement de la Sécurité sociale doit avant tout répondre à un choix de société : veut-on une véritable politique de santé avec le droit à des soins de qualité pour tous ?

Propos recueillis par Alain Raynal

Publicité
Tag(s) : #Santé
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :