enquête
« Il manque déjà plus de soixante-dix médecins »
Comment réagissez-vous à l’annonce des 550 suppressions de postes ?
Jean-Paul Lecoq. Aujourd’hui, avec la tarification à l’activité, les hôpitaux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont le plus de médecins. Au Havre, il en manque plus de soixante-dix. Inévitablement, les charges générales, qui reposent sur l’activité, apparaissent aux yeux des pouvoirs publics comme démesurées. Il est nécessaire d’engager des économies d’échelles en regroupant les divers pôles hospitaliers - havrais. Mais on ne peut pas avoir une simple logique de gestionnaire et répondre par des restrictions de personnel. Utiliser l’argument du manque de performance de l’hôpital du Havre pour sabrer les effectifs ne dissimule que très mal la volonté de discréditer le service public de la santé fondé sur la solidarité, afin de rendre plus acceptable une privatisation progressive. Car, parallèlement à la réduction de l’activité et des effectifs de l’établissement, arrive une clinique privée toute neuve et est annoncé un nouvel hôpital privé, voire même un hôpital psychiatrique privé.
Quelles sont, selon vous, les réponses à cette situation d’asphixie ?
Jean-Paul Lecoq. Le retour à l’équilibre peut très facilement être atteint. L’agglomération havraise connaît une situation difficile en termes de mortalité, de pollution, de conditions de travail. On observe au sein de la population un grand nombre de pathologies liées à la dégradation de l’environnement. Le taux de maladies pulmonaires est supérieur à la moyenne nationale. Il suffirait de mettre les médecins là où se trouvent les malades. La ministre de la santé dit qu’elle ne veut pas procéder de manière autoritaire mais en instituant un système de primes. Je propose que l’on agisse comme dans l’enseignement public, quand on a mis des instituteurs là où il y avait des élèves. C’est un - enjeu national de santé - publique même si cela remet en cause la sacro-sainte liberté d’installation des médecins. C’est le seul métier de la fonction publique où on ne dit pas aux gens : « Vous devez aller là où on a besoin de vous. »
En tant que député, comptez-vous interpeller le gouvernement ?
Jean-Paul Lecoq. Je pose, ce matin à l’Assemblée nationale, une question orale à Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. Mon intervention fera le constat qu’une fois de plus, le personnel sert de variable d’ajustement, au détriment de la qualité des soins prodigués à la population havraise déjà fragilisée. Je l’interrogerai sur les signes de la mise en place d’un système de santé à deux vitesses. Enfin, je vais lui faire une proposition : que l’État finance les études de médecine de jeunes qui s’engageraient, en contrepartie, à exercer leur profession médicale où l’intérêt général l’exige.
Entretien réalisé par Ludovic Tomas
/image%2F0551212%2F20170620%2Fob_74cedc_bandeau-pcf.jpg)