L’un des derniers régimes militaires d’Asie du sud-est
Le pays dont la capitale a été transférée récemment vers l’intérieur des terres - de crainte, déjà, de la colère populaire - vit depuis 1962 sous la botte des galonnés.
Frontalier de la Chine (plus de 5 000 km), de la Thaïlande (1 800 km), de l’Inde (1 460 km), du Laos et du Bangladesh, la Birmanie qui s’étend sur 678 500 km2, est peuplée par plus de 50 millions d’habitants et constitue le plus grand pays de l’Asie du sud-est. Avec un PIB d’un peu moins de 500 dollars par habitant, ce pays où les Birmans, ethnie dominante, coexistent avec six autres « nationalités », est l’un des plus pauvres de l’Asie du sud-est. Entre 1948, date de l’accession à l’indépendance après cent ans de domination britannique jusqu’en 1962, la Birmanie n’était guère sous les feux des projecteurs de l’actualité, et ce malgré l’existence d’une guérilla de type maoïste et des révoltes des ethnies Karens et Shans.
Tout bascule cependant lors du coup d’État militaire de 1962 du général Ne Win qui met fin au multipartisme, à la liberté de la presse et d’expression, et instaure un régime autoritaire dit socialiste dirigé par un parti unique, le Parti du programme socialiste birman. « La voie birmane vers le socialisme », d’inspiration marxiste-bouddhiste, fondée sur l’autosuffisance et basée sur un système généralisé de coopératives, plonge le pays dans une situation catastrophique : la liquidation des magasins de détail, que le régime a nationalisé, met dans la rue des centaines de milliers de petits commerçants, dont des Indiens et des Chinois qui sont expulsés du pays, l’économie et le niveau de vie se dégradent rapidement. Au même moment, le régime militaire ne parvient toujours pas à venir à bout de la guérilla maoïste et de la rébellion des ethnies Karens et Shans.
Pratiquement coupé de l’extérieur, le régime birman, miné par la corruption, sans réel soutien populaire, ne survit que par la répression tandis que la pauvreté et la misère s’accroissent dans des proportions insupportables. En outre, le trafic de drogues se généralise et devient, à côté du pétrole exploité par BP et Total, l’une des sources principales de revenu.
En mars 1988, la révolte des étudiants, qui réclament des élections libres et la fin de la dictature, donne le signal à des manifestations populaires. La répression fait autour de 10 000 morts. Le congrès extraordinaire du parti unique accepte la démission du Général Ne Win et prononce son autodissolution. Le 18 septembre 1988, les militaires prennent le pouvoir, instituent le Comité d’État pour la restauration de la loi et de l’ordre, imposent l’état de siège et promettent des élections pluralistes. Et en 1989, ils rebaptisent le pays du nom d’Union de Myanmar (le pays merveilleux), abandonnent la « voie socialiste » et prônent le tout libéral, sans grands résultats.
Les élections législatives de mai 1990 donnant la victoire écrasante à la Ligue nationale pour la démocratie de Mme Aung San Suu Kyi, de retour d’exil, au détriment du nouveau parti créé par les militaires, le parti de l’Unité nationale, sont invalidées. Les militaires reprennent les rênes, mettent Aung San Suu Kyi en résidence surveillée et répriment à tout-va toute contestation. Pour se mettre à l’abri de la colère populaire, le 7 novembre 2005, ils décident de déplacer la capitale du pays de Rangoun à Pyinmana, à 300 km à l’intérieur des terres. En vain comme le montre la révolte actuelle conduite par les moines bouddhistes.
Hassane Zerrouky
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