Le mépris sarkozien ne passe pas
Les propos tenus par Nicolas Sarkozy, dans l’enceinte de l’université Cheick Anta Diop à Dakar, lors de sa première visite en Afrique, en juillet dernier, continue de faire des remous parmi les intellectuels du continent. À Bamako ce week-end, Adame Ba Konaré, historienne réputée, épouse de l’ancien président malien actuel président de l’Union africaine, a invité les historiens africains à participer à la rédaction d’un manuel d’histoire sur leur continent dont le but serait de « mettre à niveau » les connaissances du président Français.
« Le drame de l’Afrique, avait-il déclaré, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain (…) ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. » Commentaire cinglant d’Adame Ba Konaré : « Ce sont des affirmations qui reposent sur des poncifs, sur les théories euclidiennes sur l’Afrique, sur l’imagerie coloniale qui disait que l’Afrique n’avait pas d’histoire, qu’il fallait venir admirer l’enfance du monde en Afrique, que l’Africain était installé dans l’immobilisme et qu’il n’y avait pas de dynamisme dans les sociétés africaines… »
L’historienne a donc sollicité ses collègues pour qu’ils produisent un article, chacun dans son domaine de compétence académique, avant fin 2007, l’objectif étant de battre en brèche ces affirmations réactionnaires dans un recueil à paraître courant 2008. Et toutes les dispositions, affirme non sans humour Adame Ba Konaré, seront prises pour « acheminer un exemplaire de cet ouvrage collectif vers le président Sarkozy et les autorités françaises, afin de mettre à niveau leurs connaissances sur l’histoire de l’Afrique. »
Serge-Henri Malet
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