Les journalistes se mobilisent
La dernière fois que les journalistes avaient fait bloc, c’était « il y a une quinzaine d’années », rappelle David Larbre, représentant du SNJ à la Tribune.
À l’époque, le gouvernement voulait remettre en cause l’abattement fiscal dont bénéficie la profession. Mais, com- me le précise Dominique Candille, de la CGT, « ce n’était pas qu’une question de gros sous. C’était le statut de notre profession qui était ainsi remis
en cause ».
Pas étonnant donc qu’hier l’ensemble des syndicats de journalistes (SNJ, CGT, CFDT, CFTC, CGC, FO) ont fait « taire ce qui peut diviser » (dixit Nathalie Boisson, de la CFDT) pour appeler à un rassemblement le 4 octobre à
18 heures au Musée social à Paris pour défendre l’indépendance des rédactions.
Car, il y a « urgence », David Larbre multipliant les exemples (de la bataille des journalistes des Échos et de la Tribune aux multiples interventions du pouvoir dans les rédactions en passant par les opérations de concentration et de restructuration…) tendant à prouver, si cela était encore nécessaire, qu’on « vit une situation extrêmement grave mettant à mal un droit fondamental, celui d’informer. Et donc le droit à être informé ».
Ce premier rendez-vous ne sera, assurent les représentants des organisations professionnelles, que « le premier étage de la fusée » puisque devant déboucher - comme les forums et autres initiatives qui se dérouleront à Paris et en province - sur une manifestation le 5 novembre devant l’Assemblée nationale, dans le cadre de la journée européenne lancée par la Fédération européenne des journalistes.
Le but ? Donner aux rédactions un « statut juridique » pour faire face aux pressions économiques, juridiques, politiques et éditoriales en inscrivant leur indépendance dans la loi mais aussi « les chartes qui définissent l’éthique de la profession » dans la convention collective. Une mesure, rappelle-t-on, « avec laquelle Nicolas Sarkozy, alors simple candidat, était d’accord ».
Depuis, les choses ont changé. Enfin presque puisque les organisations syndicales auront rappelé hier qu’elles n’ont « toujours pas eu de réponse à (leurs) demandes de rendez-vous avec la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel. Or, dans le même temps, elle a reçu toutes les organisations patronales ».
Pour Dominique Candille, « certes, ce sont le législateur et les politiques que l’on interpelle mais pas seulement. C’est toute la profession qui doit se mobiliser. Ne serait-ce que parce qu’elle est attaquée de toutes parts mais aussi parce que, d’après les sondages d’opinion, deux tiers des gens pensent qu’elle n’est plus indépendante ! Au-delà, c’est l’ensemble des citoyens qui doit se manifester ».
Et Jean-François Téaldi, de la CGT de France 3, de mettre en avant les « dizaines de milliers de signataires » pour dénoncer la censure du « non » avant le référendum sur la constitution européenne ou l’absence de débats pendant la campagne présidentielle. Ajoutant, goguenard : « Et puis, quand on voit PPDA et Chabot interviewer Sarkozy, on se dit que certains d’entre nous ont oublié le B.A.-BA du métier qui veut qu’on différencie information et communication… » Ce qui permet à son collègue de France 2, Alain Vernon, de conclure : « Ce que l’on veut, c’est se doter d’outils qui nous permettent de lutter contre le fait du prince. » Avec ou sans majuscule…
Sébastien Homer
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