Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Médias - Article paru le 17 septembre 2007 dans l'Humanité

La parole à l’Amérique latine

Samedi, le continent marqué par le libéralisme le plus sauvage et par des expériences d’émancipation était la vedette du forum du village du monde.

C’était quasiment naturel. L’Amérique latine ne s’est pas simplement invitée à la Fête de l’Humanité. Elle y est comme à résidence depuis tant d’années, depuis tant de luttes, à commencer évidemment par la défense du peuple cubain et son rejet de l’embargo ignoble imposé par les États-Unis. C’est plutôt une poursuite, me souffle-t-on, avec l’émancipation à gauche du peuple chilien, le Chili d’Allende et de Neruda, continué dans l’obscurité de la répression de Pinochet et, il y a quelques années, avec un groupe mythique, les Quilapayun, venu redire l’espoir. Qu’au milieu des guerres, des affrontements, des morts, de la souffrance, du déploiement de l’armada américaine surtout vers le Moyen-Orient ; qu’un espoir donc nous arrive de l’Amérique latine n’était pas pour surprendre les milliers de visiteurs de la Fête de l’Huma, habitués à côtoyer les militants anonymes, de l’ombre, distillant leurs pensées, continuant le combat sur place.

Depuis quelques années maintenant, c’est un véritable espoir qui est venu de ce continent barré par l’équateur. Le Chili, déjà, et Cuba, toujours, mais aussi la reconnaissance des droits des peuples indiens avec l’élection de Morales, en Bolivie, et la détermination politique de Hugo Chavez, au Venezuela, qui non seulement tient tête aux États-Unis mais impose, en tant que pays exportateur de pétrole, une autre vision des relations commerciales internationales - vision totalement étrangère aux pays du Golfe, Arabie saoudite en tête. C’est sans doute ce qu’il y avait dans les esprits - avec une pointe de curiosité et de passion non dissimulée - chez ces jeunes venus voir autant qu’écouter la fille de Che Guevara. Le « Che » n’est pas un étranger dans la Fête. Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, l’avait déjà souligné quelques heures auparavant, liant dans une brassée les luttes de toujours de l’Afrique du Sud, de la Palestine ou des Latino-Américains.

L’émotion n’est jamais inhérente à un peuple. Elle vient des luttes, des rencontres, des contacts. Là où le sang se mêle aux larmes. « Nous ne pouvons pas continuer comme ça », a lancé la fille du Che sous les applaudissements. Personne ne peut « continuer comme ça ». Jean-Michel Vecchiet, réalisateur, était dans la salle. Parce que son expérience dans le monde l’a amené jusqu’à la Fête de l’Huma mais aussi parce qu’il a pu toucher du doigt la réalité de l’embargo américain contre Cuba, le chantage commercial fait aux cargos qui oseraient se rendre dans les ports de la Grande Île.

La rencontre avec l’Amérique latine a été éclatée un peu partout. Autour de verres de rhum, autour de manifestes politiques, autour du départ de militants trop longtemps exilés et sur le point de repartir, en sachant que les luttes se poursuivent. Avec des cheminements incertains, des victoires, des déroutes, mais toujours avec des espoirs. C’est un peu ce qui s’échappait des flûtes andines entendues sur une scène dressée entre la solidarité avec Cuba, la Bolivie et les autres. Il y avait, dans les mémoires de vieux militants, la satisfaction d’avoir aidé à faire vivre des militants d’un autre monde, de retour à Paris, plus que jamais décidés à en bâtir un nouveau. Au-delà des hémisphères.

Pierre Barbancey

Publicité
Tag(s) : #Relations internationales
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :