Fête de L’Humanité 2007
La résistance : Points de vue de E. Charles-Roux, H. Cixoux, R. Aubrac et Pascal Convert
Edmonde Charles-Roux, ÉCRIVAINE. La question de savoir comment les jeunes d’aujourd’hui peuvent résister est légitime dans un monde où la consommation occupe une place telle que l’on se demande s’il reste un peu de disponibilité dans l’esprit des jeunes pour songer à résister. Mais ne jetons pas trop vite l’anathème, pour moi résister ne s’apprend pas. Résister c’est s’offrir aux coups. C’est dur. C’est lorsque la nature profonde d’un individu est choquée et qu’il se dit : là c’est NON. Résister c’est savoir dire non. Mais résister c’est d’abord comprendre les enjeux. De ce point de vue, la désaffection de la presse écrite n’aide pas. Il faut encourager les jeunes à lire les journaux qui posent les vraies questions car la radio ou la télé n’offrent pas ce temps de l’analyse.
Hélène Cixoux, PHILOSOPHE. Il faut, pour résister, éprouver cette rage, cette indignation que devrait susciter en nous ce monde. Mais il faut être avant tout conscient, apprendre à lire, j’entends par là savoir contextualiser ce que nous lisons. Sur ces questions, notre responsabilité d’adulte est engagée. Plus concrètement, il s’agit aussi pour chacun de construire des réseaux et de les faire vivre. En France, cette monarchie vulgaire et « people » dans laquelle on nous enferme doit nous inspirer de la révolte. On assiste à la mise en place insidieuse d’un autre monde en contradiction totale avec nos aspirations à la démocratie. La presse en général n’ose pas le dénoncer. D’une certaine manière, nous vivons dans le règne de la peur. C’est pourtant le moment, les jeunes sont libres, c’est à eux !
Raymond Aubrac « La Résistance fait-elle partie du patrimoine ? Lucie aurait donné une réponse positive. Je pense, moi aussi, qu’elle a laissé une trace suffisante pour qu’on puisse dire qu’elle fait partie du patrimoine (…). Car au fond, qu’est-ce que la résistance ? Un refus d’accepter une injustice, contre laquelle réagir. Au début, il s’agit d’une sorte de réflexe. Il y a d’ailleurs beaucoup de gestes spontanés qui sont venus de gens qui n’avaient pas conscience de faire un acte de résistance. C’étaient des gens qui avaient su désobéir. Après, la chose prend une dimension collective. On fait partie d’un groupe avec lequel on prend des risques. On n’est pas toujours du même avis. Mais on est d’accord sur l’essentiel. Et, surtout, nos différences sont dominées par le Programme commun de la Résistance, lequel ne doit pas être oublié aujourd’hui. »
Pascal Convert CINÉASTE Le Mont-Valérien, puis Epstein, cela vient de ce que je fais partie d’une génération d’artistes plutôt structurels, formels, où la question du rapport à l’histoire était secondaire. J’ai vécu une très belle aventure en faisant ce livre, sorte de masse critique accompagnant le film. Le monde de l’art est pitoyable. Il enferme les artistes dans un marché privilégiant une seule forme. C’est une logique d’industrie culturelle que je rejette. Moi, j’essaie de prospecter différents chemins, de travailler dans plusieurs systèmes de diffusion à la fois. Je m’intéresse à l’histoire, à la Résistance, parce que nous sommes dans une société individualiste et que les structures sociales agonisantes sont à rebâtir. Il faut réinventer des singularités.
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