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Médias - Article paru le 17 septembre 2007

Fête de L’Humanité

La Banlieue a enflammé l’agora de L’Humanité

Et si l’événement à l’agora de l’Humanité était la présence massive de la jeunesse populaire, celle des jeunes des cités qui foulaient pour la première fois l’espace du journal à la Fête ? La rédaction en avait fait le pari en ouvrant largement ce lieu à ceux et à celles à qui on fait rarement confiance. La banlieue a répondu présent, elle a enflammé l’agora trois soirées durant, offrant son métissage, l’une de ses plus belles richesses.

Oui, la France de toutes les couleurs a dévoilé son séduisant visage, elle a charmé bien au-delà des convaincus qui savent que l’identité française est désormais black-blanc-beur. Freddy, vendeuse de vingt-deux ans, et son amie Virginie, assistante dentaire de vingt-cinq ans, regardent, « impressionnées », la foule. « Il y a un vrai mélange, des jeunes et des vieux, des Noirs et des Blancs. Tout le monde se parle sans forcément se connaître. Je n’imaginais pas une telle chaleur », dit la première. « C’est une atmosphère que j’ai rarement vue. Il n’y a pas d’images à la télé qui montrent vraiment cette ambiance », ajoute la seconde. L’une et l’autre découvrent la Fête pour la première fois, incitées à y participer par leur copain, le rappeur Layone.

Pour lui aussi c’est une première alors qu’il en a « toujours entendu parler ». Les yeux grands ouverts, il s’émerveille de voir une population « qui a rompu la ghettoïsation ». Samedi soir, avec ses acolytes artistes, il a mis le feu à l’Agora, faisant lever le poing à une foule de jeunes joyeuse, heureuse de communier avec des rappeurs, tels Rost ou Alibi Montana, LSD, fiers de

reprendre le flambeau du militantisme malmené ces dernières années. « On se nourrit de ce mélange, on se dit que l’on n’est pas seul quand on voit ce public », s’exalte LSD, pour qui le mot « partage » définit particulièrement cette Fête, tout comme il constitue, selon Layone, « le projet commun ».

Aller vers l’autre, le regarder, construire avec lui, c’est aussi le sens de l’exposition « Mixité(s) » mise en valeur à l’espace. Son concepteur, Anthony Rougier,

explique que « ce projet pédagogique et artistique est

un appel à mieux vivre ensemble ». Constituée d’une quarantaine de photographies (1), l’exposition réalisée avec des élèves du collège Rosa-Luxemburg d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, attire le regard d’où que l’on se trouve à l’agora. Sur les photos, des jeunes, filles et garçons, semblent veiller, dans cet espace, sur quiconque qui tenterait de casser l’ambiance bon enfant et le fair-play. Ils semblent sourire à cette foule qui danse et accompagne tous les musiciens, particulièrement Origines contrôlées, qui font découvrir ou redécouvrir au public les complaintes composées, dès les années quarante, par des artistes travailleurs immigrés. Youyous et applaudissements émanent du parterre à l’interprétation du texte poétique de Slimane Azem intitulé Carte de résidence. Déjà, à l’époque, on revendiquait ce sésame que l’État ne délivrait que pour un an, et non dix ans comme aujourd’hui.

La foule métissée ne s’est pas contentée de faire la fête, elle a aussi tenu à se faire entendre sur des problèmes sociaux et politiques, à l’origine de la révolte et des émeutes urbaines de la fin 2005. Deux années plus tard, en écoutant les participants, dans la tribune ou dans la salle, on constate à quel point rien n’a changé. Le gouvernement, les partis politiques semblent

incapables d’une quelconque réponse au malaise mis pour le moment en sourdine. « Jusqu’à quand ? » questionnent de nombreuses personnes originaires des cités et des quartiers populaires. Mais sans doute la nouveauté réside-

t-elle dans la prise de conscience d’un grand nombre d’entre eux sur la nécessité de « ne plus attendre que les choses changent d’en haut », lance-t-on. Se prendre en main, s’organiser, y compris politiquement, notamment en constituant des listes aux municipales, devient un mot d’ordre que de nombreuses associations, telle ACLEFEU, entendent faire vivre.

(1) L’exposition prendra

la forme d’un livre aux Éditions de l’Atelier,

sortie 15 novembre, 20 euros.

Mina Kaci

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Tag(s) : #Société
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