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Un développement au risque des pénuries d’eau potable

jeudi 16 août 2007 / "le Patriote"

Le 10 juillet dernier, le conseil municipal de Valbonne a voté un avis favorable pour le Schéma de Cohérence Territoriale (ScoT) de la Communauté d’Agglomération Sophia-Antipolis (CASA), à l’unanimité moins une voix, la mienne. Ce document, rendu obligatoire par la loi SRU en 2000 a pour objectif de définir sur l’ensemble de la communauté d’agglomération les projets d’aménagement et de développement pour les 15 ans à venir, en intégrant les dimensions sociales, économiques et environnementales locales.

La CASA au régime sec

Alors que le ScoT représente l’opportunité de prévoir l’aménagement d’un territoire de façon prospective dans toutes ses dimensions, il semble que celui de la CASA n’ait pour but que de faire perdurer le type de développement actuel, en n’abordant que de façon très superficielle les différentes problématiques de l’aménagement. La question de l’approvisionnement en eau illustre de façon exemplaire la pauvreté des propositions de ce document.

En ce début du mois d’août, comme l’année dernière, et aussi celle d’avant, et encore celle d’avant…, le bassin de la Brague, qui compte la majeure partie des habitants de la Communauté d’Agglomération de Sophia-Antipolis (170.000 habitants), est soumis à des restrictions d’eau. Nous sommes en « période d’alerte » avec des restrictions réglementaires (interdiction d’arroser dans certaines plages horaires, interdiction de laver sa voiture hors stations de lavage, etc…) mais aussi de restrictions techniques : la pression d’eau au robinet est chaque année de plus en plus basse en cette période, démentant le rapport annuel de la Lyonnaise des Eaux sur Valbonne qui affirme que « les réservoirs permettent d’assurer une pression constante ». Le diagnostic du SCoT est clair : « Les capacités de réserves sont jugées médiocres. Elles peuvent laisser craindre des pénuries en eau qui risquent d’être accentuées par les années de sécheresse passées », rejoignant le diagnostic de la préfecture des Alpes-Maritimes dont le Plan d’action sécheresse estime que « le système actuel s’approche de ses limites ».

Les différents documents d’aménagement imputent cette insuffisance de ressources à l’augmentation de la population. Or, le SCoT de la CASA se donne un objectif de 23.000 habitants de plus d’ici 15 ans, soit 13,5 % de plus, objectif qui serait rendu nécessaire par les besoins du développement économique. En toute logique, l’insuffisance des capacités avérée aujourd’hui et l’augmentation de population envisagée à moyen terme devraient amener l’ensemble des décideurs locaux à mener une véritable démarche prospective sur une question aussi fondamentale que la ressource en eau potable.

Un pari sur l’avenir

Pour le moyen terme, les solutions proposées par le Scot pour améliorer l’approvisionnement en eau de son territoire sont la réduction des pertes, la possibilité de prélèvements supplémentaires sur la nappe du Loup et sur la nappe du Var ainsi que le développement des échanges avec les syndicats des eaux voisins (à l’Ouest de la CASA), le SICASIL et le SILRDV, qui fournissent une partie de l’eau aux habitants de la CASA. Proposer de pomper des nappes phréatiques dont on sait qu’elles sont aujourd’hui à leur limite n’est pas très sérieux. Envisager comme solution d’acheter plus d’eau aux syndicats voisins sans aborder la question des ressources de ces syndicats ne l’est pas beaucoup plus, quand on sait que le problème de l’approvisionnement en eau touche tout l’Ouest des Alpes-Maritimes et l’Est du département du Var.

Pour le long terme, le SCoT suggère que l’approvisionnement en eau pourrait être suppléé par la liaison Verdon-Lac de Saint-Cassien, prévue dans le contrat de projet Etat-Région 2007-2013 et par l’utilisation d’un éventuel aquifère karstique (nappe phréatique ou rivière souterraine possiblement présentes dans le sous-sol du haut-pays). Là encore, l’absence d’analyse sur l’impact de ces « solutions » laisse perplexe. Concernant l’aquifère karstique, il s’agit d’un véritable pari, puisqu’il est mal connu. On ne peut donc préjuger de la possibilité de l’utiliser ou non. Plus étonnant, on lit sur la même page (p. 226) qu’il faudra « préserver les ressources en eau, notamment les "têtes de réseau" karstique du Haut-pays" et plus bas "qu’il conviendra de définir à moyen terme, pour toute la partie sud-ouest du département, les modalités futures d’approvisionnement à partir des ressources existantes (…) ou potentielles, par exemple à partir des espaces karstiques du Haut-Pays ». Où est la cohérence ?

Quant au projet de liaison Saint-Cassien-Verdon, la question de l’impact de ces prélèvements sur le Verdon, mais surtout de la fragilisation d’un territoire très peuplé dès lors que son approvisionnement en eau potable est en partie conditionné par un canal de plus de 40 kilomètres ne sont pas abordées.

On remarque en revanche que si le SCoT souligne la présence « d’un important réseau d’équipements de golfs », qui « tiennent un rôle important en matière de loisirs et de tourisme pour le territoire de la CASA, mais aussi au niveau du paysage », leur impact sur la ressource en eau n’est pas envisagée, pas plus que n’est envisagé de rendre obligatoire pour toute construction nouvelle et de promouvoir pour les constructions existantes la réalisation de réservoirs d’eau de pluie. Ainsi, les dirigeants de la CASA n’hésitent pas, au travers de ce SCoT, à envisager de poursuivre la métropolisation de la Côte d’Azur en faisant l’économie l’évaluation de l’impact et de l’efficacité des propositions en ce qui concerne la ressource en eau, en traitant ce sujet de façon bien légère au regard de son importance, ce qui ne laisse pas d’inquiéter.

La cohérence n’est pas au rendez-vous

L’élaboration du Schéma de Cohérence Territoriale était une belle occasion de travailler à fond cette question. Pour être « cohérent » il aurait été logique d’aborder le développement économique, et donc le développement démographique qui en découle, en fonction des ressources, des équipements possibles et des besoins de la population locale. C’est la démarche inverse qui a été adoptée. Les dirigeants de la CASA projettent 23.000 habitants de plus dans 15 ans et tentent de démontrer que c’est possible.

Il s’agit en fait d’une véritable hypothèque sur l’avenir, qui ne concerne pas que la ressource en eau, prise ici en exemple, mais aussi les autres d’équipements, que ce soit le logement social, dont les objectifs annuels ne tiennent pas compte des prévisions d’accroissement de la population et sont déjà déficitaires de 50 % en 2006, les transports, l’environnement, l’agriculture, l’éducation et la santé (ces deux points sont totalement ignorés par le SCoT), etc… Le refus des dirigeants de la CASA de promouvoir une véritable vision prospective à l’échelle du territoire communautaire témoigne de leur volonté de poursuivre ce type de développement que la droite libérale départementale met en œuvre depuis des décennies dans notre département. C’est ce scénario de développement que la Directive Territoriale d’Aménagement des Alpes-Maritimes adoptée en 2003 estime inacceptable parce que générateur de dysfonctionnements.

Le ScoT de la CASA sera soumis à enquête publique du 10 septembre au 12 octobre. Chaque citoyen doit à cette occasion s’exprimer pour faire valoir d’autres choix : des choix de développement qui, enfin, mettent les habitants au cœur des projets.

Sylvette DE LEPINAY

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Tag(s) : #Services publics
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